samedi 6 juin 2020

« Faut qu’ça saigne ». (3 : pourquoi montrer et pourquoi regarder?)*




Ce n'est pas la vraie tête d'un cerf décapité, c'est juste une copie. Faux trophée dans un commerce brestois.

(Suite du billet précédent). Je continue  donc avec la présentation de  mon essai d’anthropologie conjecturale. Au lieu de m’extasier sur les bienfaits de la nouvelle alliance entre les hommes et les animaux, au lieu d’ajouter ma voix au débat actuel sur la bonne et sur la mauvaise mort animale, je suis parti du constat que cette mort, qu’elle soit bonne ou mauvaise, garde un charme obscur. Elle le garde même chez ceux qui la dénoncent et qui la pleurent. Ce constat se base sur une série de faits que je commente depuis un long moment : le retour dans les espaces publics et privés des animaux taxidermisés, l’intérêt équivoque pour les matériaux visuels consacrés aux  sévices infligés aux animaux, la nonchalance qui accompagne les massacres perpétrés par les grands prédateurs dans les prés et les alpages.

D’où vient cette attraction ? Des pulsions sadiques et nécrophiles qui traversent l’esprit de tout être humain, même du plus charitable ?  J’ai exploré ailleurs cette piste, qui reste prometteuse malgré son évidence.  Ici je m’en tiens à une hypothèse utilitariste : si la  mise en spectacle de la mort animale occupe tant d’espace sur la scène contemporaine, c’est qu’elle répond à un besoin. Ce besoin dépasse – voici ma première conjecture – la dénonciation des actes de cruauté. Il  dépasse aussi  le voyeurisme.  (À suivre).
* À propos de Faut qu'ça saigne. Écologie, religion, sacrifice, Éditions Dépaysage, fin juin 2020

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire