vendredi 20 février 2026

En marge des faits de Lyon



William Henry Davis, 1786–1865. Mouton bien gardé.

En commentaire à une sortie de Giorgia Meloni, déplorant l’inefficacité de la police française  en matière de maintien de l’ordre publique (c’est la point de vue de la Présidente du Conseil des ministres italien), Emmanuel Macron a déclaré :

« Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés »

Ne connaissant que la formule qui met les vaches à la place des moutons, j’ai interrogé l’Intelligence Artificielle :

Q .- Est-ce que la formule « et les moutons seront bien  gardés » est plus récente?

R. - Oui, la formule « et les moutons seront bien gardés » est plus récente que « et les vaches seront bien gardées ». La version ancienne et attestée dans les textes médiévaux est bien :

« Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées » (dès le XIIIᵉ siècle). La variante avec les moutons n’apparaît que plus tard, comme adaptation populaire ou régionale. Elle n’est pas la forme proverbiale d’origine et reste beaucoup moins attestée dans les recueils classiques de proverbes ».

Je lui demande alors (c’est mon côté « complotiste ») : N 'y aurait-il pas aussi l'idée que le mot « vache » a quelque chose de plus rustique que le mot « mouton »?

Elle me répond : « Oui, ton intuition est intéressante — et plausible*. Il peut effectivement y avoir une dimension de connotation dans le glissement de vaches vers moutons. » Et elle enchaîne avec l’explication suivante :

Avec le temps, « vache » a pris en français des sens figurés négatifs ou triviaux : « être vache » (méchant, dur) ;  « peau de vache » (emploi parfois jugé rustique ou peu élégant). Même si ces sens sont postérieurs au proverbe médiéval, ils ont pu rendre le mot moins neutre à l’oreille moderne ».

Bref, en choisissant les moutons au détriment des vaches Emmanuel Macron croit dire quelque chose de « plus présentable », peut-être, mais c’est une apparence. Comparer les Français à un troupeau de moutons, chez un chef d’État a qui on reproche de ne pas être à l’écoute de sa population, relève en fait du lapsus. En même temps, préférant se présenter en « Gardien de moutons », il discrimine la race bovine et contribue, par omission, au renforcement d’un stéréotype dépréciatif.

* Il semblerait que les Intelligences Artificielles ont tendance à brosser leur public dans le sens du poil.

mercredi 18 février 2026

Je cogne, tu cognes, il cogne. (Le pitbull antifa)


 


Dans mon post du 3 février intitulé  « Pourquoi les black-blocks n’aiment pas la psychanalyse » je faisais dire à un membre de cette multitude composite* « – Serais-je donc essentiellement un cogneur, comme ces fachos à qui je fais la guerre? ».

Les valeurs revendiquées par les uns et par les autres ne sont pas les mêmes. Et les sciences humaines et sociales les prennent justement au sérieux, tout en nous invitant à reconstituer les contextes qui permettent de mieux comprendre les trajectoires individuelles.

Il n’empêche que les comportements se ressemblent terriblement. Et les mobiles inconscients aussi. Peut-être.

À vingt ans, dans l’Italie des années de plomb, j’aurais qualifié le propos qui suit de « qualunquista »**. Je le tiens tout de même, conscient qu’il ne fera pas  l’unanimité :

Je sais que je ne devrais pas, mais lorsque j’entends la formule « Jeune Garde » je pense automatiquement à l’hymne fasciste « Giovinezza, giovinezza »***. Je pense à  Eros e Priapo du grand écrivain italien Carlo Emilio Gadda, qui tourne en dérision le jeunisme « priapique »de la rhétorique fasciste (Gadda, qui était un conservateur de la plus belle eau). Je pense au tire-larmes hongrois  Les gars de la rue Paul – un énorme succès éditorial chez les préadolescents européens – où on raconte l’histoire de deux bandes d’écoliers qui défendent « leur territoire » bec et ongles,  et ça se termine mal. ****Je pense aux « traditions d’antan » et aux guéguerres entre villages, véritables batailles identitaires avec leurs morts à la clé, qu’on retrouvait raidis dans le caniveau au lendemain de la fête patronale (autant de « victimes qu'il faudra venger »). Je pense, comme je l’ai déjà écrit, aux tifosi et à leurs meneurs. Oui, parce que même les tifosi, lorsqu’on les écoute, ont leurs valeurs à défendre, leur idéologie, et leurs maîtres à penser.

L’analyse sociale, aujourd’hui, nous aide à comprendre ces dynamiques tragiques.  Le « réductionnisme biologique », de son côté, évoquerait, derrière les argumentaires politiques invoqués par les cogneurs, l’influence de la testostérone.

Les commentateurs d’autrefois auraient mis plutôt l’accent sur l’instinct, les « humeurs », les tempéraments. Dans le folklore et le roman, on arrivait même à imaginer l’existence d’une méchanceté intrinsèque à certains individus, habités par la haine, par la jalousie, par le désir pur et simple de se défouler, de faire du mal.

C’est ce qu’on aurait envie de penser à propos des derniers instants du pauvre Quentin Deranque lorsque, déjà à terre et dans l’impossibilité de se défendre, il a reçu ces quelques coups de pied supplémentaires.

* Composée par des individualités différentes professant, dans leur quotidien, les métiers les plus insoupçonnables 

** Je confie au lecteur la tâche de se renseigner sur les origines de ce mot dans l’Italie « apolitique » de l’après-guerre.  

*** Giovinezza, giovinezza, primavera di bellezza, nel fascismo è la salvezza
della nostra libertà
.

****  Voici le résumé proposé par Wikipédia : « En 1889, à Budapest, des écoliers du quartier Józsefváros passent leur temps libre dans l'unique terrain vague de la ville, terrain qu'ils considèrent comme leur « patrie ». Aussi, lorsqu'une autre bande de garçons appelés « les Chemises rouges », tentent de s'emparer du terrain, les écoliers de Józsefváros sont obligés de se défendre à la manière militaire… ».

 


lundi 16 février 2026

Grenouilles d’ailleurs (à propos de la mort d’Alexeï Lavalny)

 


Nous avons trop vite oublié le coup de fil génial par lequel Alexeï Navalny, se faisant passer pour un officier d’une autre agence, a réussi à piéger un membre du commando responsable de son (premier) empoisonnement. Une mise en ridicule de portée planétaire. Et j’imagine Poutine (c’est mon côté infantile et rêveur) en train de se demander : « Que puis-je inventer, maintenant, pour faire oublier au monde entier cet épisode honteux ? »

Réponse : « J’attaque le Donbass. »*

En tout cas — ça saute aux yeux — la grenouille sud-américaine soupçonnée d’avoir fourni le poison qui vient d’être repéré dans les restes du dissident russe a l’air trop sympathique pour être à l’origine de son décès.

*Pardonnez-moi cette divagation délirante : c’est un prétexte pour raviver le souvenir d’Alexeï Navalny, un personnage très digne (les parallèles avec Assange ne manquent pas), même si, dans certains milieux, on n’arrête pas de lui trouver des défauts.

samedi 14 février 2026

Une drôle de bête : le Web

 
« Faon renversé par une faucheuse. Trois pattes amputées. Le web se mobilise mais il meurt. Et c’est la polémique : " personne n’intervient".»

Je ne sais plus dans quel quotidien j’ai effectué cette capture d’écran. C’est que la nouvelle, et la manière de la présenter, m’ont quelque part interpellé. Je ne me réfère pas à la mort du petit d'un chevreuil mutilé par une faucheuse  (c’est triste, mais combien  meurent tous les jours écrasés par des voitures ?).

Ce  qui m’a troublé c'est l’existence d’une entité, qu’on appelle le Web, capable de se mobiliser autour d’un non-événement de ce genre (avec toute la compassion que l’on peut ressentir pour la pauvre petite bête). « C’est une preuve de sensibilité, diront certains ». C’est possible. Mais face à ces manifestations de bonté collective qui ne coûtent pas grand chose (et bravent ce que Freud appelait le « Principe de réalité »), on a le droit de se méfier. Le Web est une drôle de bête*. Parfois, transporté par le sentiment, il se mobilise pour sauver un chevreuil irrécupérable, et il en veut aux institutions qui n’arrivent pas à lui recoller les pattes. Parfois, transporté par le sentiment,  il incite au lynchage. 

*  Je note au passage le caractère "durckheimien " de la formule choisie par l'auteur du reportage (« le web se mobilise …» ), qui personnifie le web, lui donnant une existence autonome, indépendante des individus qui la composent.

jeudi 12 février 2026

Ou est Charlie ? L’arbre qui cache le désert.

 

Désert : « Lieu écarté où se retiraient, pour y vivre dans un complet dénuement et s’y livrer à des exercices de piété, les anachorètes de l’Église primitive qui furent considérés comme les initiateurs du monachisme ». (Dictionnaire de l’Académie française)

On a traversé les Alpes et l’avion approche de Paris. Je contemple la beauté incontestable du patchwork champêtre créé par l’agriculture industrielle, et je me dis qu’il s’agit bien d’un désert.  Quand on le regarde de loin le paysage est ravissant, mais cela reste un désert. Une « solitude » moderne qui au lieu d’être un témoin  de la surpuissance de la nature sur l’homme comme autrefois, est le fruit de la surpuissance de l’homme sur la nature.

Je prends une photo panoramique. Où est passée la forêt dans cette étendue sans relief? Elle est sur la photo, mais il faut regardr de près. C’est une forêt symbolique, minimaliste,   administrée à dose homéopathique.

mardi 10 février 2026

Le silence des ours

 

 
Il faut  avoir de la malchance, c'est vrai. Il n'empêche que les ours attaquent les humains avec plus de désinvolture que les loups.

Pas trop d'idées, ce matin, juste des lapalissades comme la suivante : on parle très peu des ours, ces dernier temps. Seraient-ils devenus plus sages? Non, il sont simplement en hibernation*.

*Il semblerait que  les ours de chez nous, en réalité, hibernent de moins en moins, gênés par le réchauffement climatique et par les amants de la faune sauvage qui arpentent  les bois en plein hiver  avec leurs caméras et leurs raquettes  à neige écologiquement irréprochables. 

. .

 


samedi 7 février 2026

Ruralités inactuelles (donc ringardes ?) : le retour des vaches et l’émotion des paysans

 


J’ai une amie qui prétend avoir rencontré Angela Nardo Cibele. « Elle était en maison de retraite, une dame très affable et distinguée, j’en garde un très bon souvenir ». Le problème est que la Zoologia Popolare Veneta publiée par la folkloriste vénitienne date de 1887.   Si Angela Nardo Cibele était encore vivante cent ans après la parution de son ouvrage, sa notoriété serait planétaire.  

Parcourir son livre, qui remonte à une époque où on commençait à pressentir l’ « homologation culturelle » qui se profilait à l’horizon*, nous oblige à constater la puissance imaginative des cultures populaires (j’y reviendrai). Elle nous oblige aussi à reconnaître l’intensité du lien entretenu par las ruraux de l’époque avec leur bétail, dont la perte n’aurait pas pu être compensée par un simple remboursement financier :

« Dans le Cadore, le jour de printemps où les vaccies (vaches) vont à l’herbage, ou mangent pour la première fois le foin dans la prairie, on les asperge d’eau bénite. Les vaches rentrent à l’étable à la fin du mois d’août. Il serait impossible de décrire l’émotion des paysans le jour où elles reviennent de la montagne, pourvu qu’aucun malheur ne les ait frappées. Ils sont si pénétrés de l’importance de cet événement qu’ils ne songent même pas à se nourrir, bien qu’épuisés par les travaux des champs. Beau est l’instant où le troupeau fait irruption, bondissant, dans la vaste cour de la ferme, précédé de la bête la plus âgée, qui l’a guidé sur le chemin et qui fait joyeusement retentir la cloche suspendue à son cou. La famille, vieux et jeunes réunis, se tient à l’écart, et à l’apparition des bêtes il y a un moment d’ivresse, durant lequel les visages s’animent, les bras se tendent dans un élan de joie, et les voix des grands et des petits se mêlent en un seul cri. Puis, l’une après l’autre, dans un ton d’émerveillement et de reconnaissance affectueuse, les bêtes sont caressées et appelées par leur nom par les mains des paysans, qui font résonner dans l’air leurs aimables appellations (…).
Je ne puis décrire le charme de l’une de ces scènes simples, goûtée sous le dernier rayon de soleil d’un beau crépuscule d’été. »

Quant aux noms des vaches, ce sera pour la prochaine fois.

 

* Zoologia Popolare Veneta Specialmente Bellunese. Credenze, Leggende E Tradizioni Varie,

** La formule est pasolinienne. Aujourd’hui on parle de globalisation.

jeudi 5 février 2026

Martin de la Soudière

 

« Je dispose de quelques images plus récentes, prises lors de la présentation d’un des derniers livres de Martin de la Soudière, mais je n’arrive pas à les retrouver. Pour l’instant, voici une vieille affiche, correspondant à un post du 4 février du 2019, que je remplacerai bientôt. »

 

« Martin de la Soudière — écrivais-je dans mon billet du 22 décembre — est un excellent ethnologue, mais il est avant tout, selon moi, un écrivain. En ce sens, il fait de l’anthropologie des émotions depuis toujours, sans besoin de le souligner ni de déclarations officielles. Il est un peu comme Monsieur Jourdain, mais un Monsieur Jourdain conscient de ce qu’il fait. »

Le métier d’ethnologue nous oblige à une certaine discipline : pour donner à sa restitution la légitimité d’un document scientifique, l’expérience du chercheur doit être sublimée, soumise aux règles formelles qui l’arrachent au domaine de la « simple narration ». C’est ainsi que plusieurs auteurs de premier plan, pour ne pas renoncer à la part émotionnelle de leur vécu sur le terrain, ont fait le choix du « double registre » : d’un côté l’essai qui répond à tous les critères de la scientificité (Les Structures élémentaires de la parenté, Par-delà nature et culture…), de l’autre le journal et le récit autobiographique (Tristes Tropiques, Les Lances du crépuscule…). Martin de la Soudière était l’un des rares ethnologues à avoir réussi à marier, dans un même texte, la rigueur du scientifique et la subjectivité du poète.

Martin était un homme inclassable, à la fois ethnologue, sociologue et géographe, avec un look de soixante-huitard qu’il a conservé jusqu’à la dernière minute. Pionnier en matière d’anthropologie du sensoriel, il s’intéressait à des sujets « évanescents » comme la météorologie vernaculaire, la perception du paysage ou les cueillettes clandestines d’espèces sauvages. Je pense avec nostalgie, désormais, à nos échanges autour des « hommes des bois » que nous avions pu croiser sur nos terrains respectifs, et à leurs différentes typologies. Il était attiré par les marges et par les marginaux, dont il savait restituer l’univers avec beaucoup d’empathie. C’est peut-être parce que lui aussi, tout en étant largement apprécié et reconnu sur le plan professionnel, gardait et cultivait une certaine marginalité — et une distance manifeste vis-à-vis du pouvoir académique et de ceux qui le briguent.

Cet intérêt pour les « sans pouvoir » faisait de Martin un talent scout. Il arrivait à débusquer, dans les endroits les plus abscons du territoire français, des ethnographes locaux aux compétences inattendues : « Celui-là, je t’assure, c’est un gars qui sait tout sur la pêche à pied… c’est une encyclopédie de la pêche à pied sur le littoral méditerranéen… il faudrait lui faire publier quelque chose… tu devrais l’inviter à ton séminaire… »

De Martin, en raison de sa liberté d’esprit et de son intérêt sincère pour les travaux des autres, je garde un souvenir polychrome, comme les petits messages qu’il m’envoyait de temps en temps, écrits à la main avec plein de couleurs. Je les conserve précieusement*.

* Je reviendrai prochainement sur ses publications.

 

mardi 3 février 2026

Pourquoi les black blocs n’aiment pas la psychanalyse


 

 
Peut-on être à la fois un pitbull et d'extrême gauche? Ma critique à ceux qui squattent le terme « patriotisme » pour anoblir leur envie de cogner ne doit pas nous faire oublier ceux qui cherchent à justifier cette même incontinence au nom de l’antifascisme*. J’ai sous les yeux des images montrant des black blocs qui, à Turin, ont frappé sauvagement un policier à coups de marteau. Pour qui se prennent-ils ? Pour des résistants ? Pensent-ils vraiment que les masses n’attendent que leurs exploits guerriers pour descendre dans la rue et faire la révolution ? Quelle arrogance aveugle ! Et quel infantilisme ! En quoi seraient-ils différents des tifosi qui tous les dimanches, sans besoin d’invoquer le moindre idéal politique, frappent leurs semblables avec la même volupté ?

Les black blocs répondraient que ce n’est pas pareil, que leurs motivations et celles des tifosi ne se ressemblent pas. Mais ces motivations officielles auraient de fortes chances d’être considérées, par les spécialistes de l'inconscient, comme des rationalisations.  Le vrai moteur est ailleurs :

 – T’as beau proclamer tes idéaux de justice et de fraternité, ce qui t’intéresse, manifestement, c’est de cogner. Nous pouvons explorer ensemble ton vécu, si tu veux,  pour remonter aux origines de ton syndrome**.

– Serais-je donc essentiellement un cogneur, comme ces fachos à qui je fais la guerre?

-  Tu commences  a en prendre conscience, c'est déjà un pas en avant. 

Je pense que le fait de remettre en cause les déclarations des acteurs sociaux (et, implicitement, leur libre arbitre), explique en bonne partie l'hostilité suscitée par la psychanalyse chez bon nombre de nos concitoyens***.

 * Alors que le fasciste, justement, est celui qui veut imposer son point de vue par la force.

** Inutile de préciser qu'un vrai psychanalyste s'y prendrait autrement. 

*** Et notamment ceux qui, puisque l'inconscient ne se voit pas, sont persuadés qu'il n'existe pas.  

dimanche 1 février 2026

Nostalgie de quoi ?

 


Où réside le charme de ces souvenirs?

Je songe aux gaillards recrutés pour faire partie de l’ICE (un raccourci de MILICE, je suppose) que Donald Trump a qualifié de patriotes. Et je pense à cette phrase, que je dois avoir déjà commentée, qui jette une ombre glaciale sur une chanson que par ailleurs j’aime beaucoup : Toulouse.  C’est là où Nougaro dit : « Ici, même les mémés aiment la castagne ».

Personnellement, j’éprouve une antipathie profonde pour les mémés qui aiment la castagne (ainsi que pour leurs compagnons).  Et je me demande : « Quelles motivations met-on en avant quand on aime castagner ? ». La défense des valeurs  morales fait souvent partie de ces prétextes. Le patriotisme (et l'amour  pour l'équipe de son cœur)* également.

C’est ainsi que, parfois, on peut avoir le sentiment que des termes comme « cogneur », « va-t-en-guerre », « nécrophile » et « patriote »** appartiennent à la même aire sémantique. 

A priori, je n’ai rien contre le patriotisme qui, à certains moments de l’histoire d'un Pays, peut prendre des formes très nobles. Mais le patriotisme est une chose, les « patriotes », parfois, en sont une autre (et notamment ceux qui font du sentiment patriotique tout un fromage — j’ai toujours aimé cette formule française aux accents surréalistes). La comparaison d’un certain type de patriotes avec des « tifosi » partageant avec eux les mêmes dispositions psychologiques, me fait penser à la formule freudienne « narcissisme des petites différences ». On trouve sur le net la définition suivante  : Le « narcissisme des petites différences » : concept forgé par Sigmund Freud (notamment dans Le Malaise dans la civilisation, 1929) pour décrire la tendance des communautés proches ou apparentées à se railler et à se combattre mutuellement en exagérant des différences minimes. Ce mécanisme permet de satisfaire des pulsions agressives tout en renforçant la cohésion interne du groupe, le mépris de l’autre voisin servant de dérivatif.

** J'ajouterais même «  pitbull ».