mercredi 18 février 2026

Je cogne, tu cognes, il cogne. (Le pitbull antifa)


 


Dans mon post du 3 février intitulé  « Pourquoi les black-blocks n’aiment pas la psychanalyse » je faisais dire à un membre de cette multitude composite* « – Serais-je donc essentiellement un cogneur, comme ces fachos à qui je fais la guerre? ».

Les valeurs revendiquées par les uns et par les autres ne sont pas les mêmes. Et les sciences humaines et sociales les prennent justement au sérieux, tout en nous invitant à reconstituer les contextes qui permettent de mieux comprendre les trajectoires individuelles.

Il n’empêche que les comportements se ressemblent terriblement. Et les mobiles inconscients aussi. Peut-être.

À vingt ans, dans l’Italie des années de plomb, j’aurais qualifié le propos qui suit de « qualunquista »**. Je le tiens tout de même, conscient qu’il ne fera pas  l’unanimité :

Je sais que je ne devrais pas, mais lorsque j’entends la formule « Jeune Garde » je pense automatiquement à l’hymne fasciste « Giovinezza, giovinezza »***. Je pense à  Eros e Priapo du grand écrivain italien Carlo Emilio Gadda, qui tourne en dérision le jeunisme « priapique »de la rhétorique fasciste (Gadda, qui était un conservateur de la plus belle eau). Je pense au tire-larmes hongrois  Les gars de la rue Paul – un énorme succès éditorial chez les préadolescents européens – où on raconte l’histoire de deux bandes d’écoliers qui défendent « leur territoire » bec et ongles,  et ça se termine mal. ****Je pense aux « traditions d’antan » et aux guéguerres entre villages, véritables batailles identitaires avec leurs morts à la clé, qu’on retrouvait raidis dans le caniveau au lendemain de la fête patronale (autant de « victimes qu'il faudra venger »). Je pense, comme je l’ai déjà écrit, aux tifosi et à leurs meneurs. Oui, parce que même les tifosi, lorsqu’on les écoute, ont leurs valeurs à défendre, leur idéologie, et leurs maîtres à penser.

L’analyse sociale, aujourd’hui, nous aide à comprendre ces dynamiques tragiques.  Le « réductionnisme biologique », de son côté, évoquerait, derrière les argumentaires politiques invoqués par les cogneurs, l’influence de la testostérone.

Les commentateurs d’autrefois auraient mis plutôt l’accent sur l’instinct, les « humeurs », les tempéraments. Dans le folklore et le roman, on arrivait même à imaginer l’existence d’une méchanceté intrinsèque à certains individus, habités par la haine, par la jalousie, par le désir pur et simple de se défouler, de faire du mal.

C’est ce qu’on aurait envie de penser à propos des derniers instants du pauvre Quentin Deranque lorsque, déjà à terre et dans l’impossibilité de se défendre, il a reçu ces quelques coups de pied supplémentaires.

* Composée par des individualités différentes professant, dans leur quotidien, les métiers les plus insoupçonnables 

** Je confie au lecteur la tâche de se renseigner sur les origines de ce mot dans l’Italie « apolitique » de l’après-guerre.  

*** Giovinezza, giovinezza, primavera di bellezza, nel fascismo è la salvezza
della nostra libertà
.

****  Voici le résumé proposé par Wikipédia : « En 1889, à Budapest, des écoliers du quartier Józsefváros passent leur temps libre dans l'unique terrain vague de la ville, terrain qu'ils considèrent comme leur « patrie ». Aussi, lorsqu'une autre bande de garçons appelés « les Chemises rouges », tentent de s'emparer du terrain, les écoliers de Józsefváros sont obligés de se défendre à la manière militaire… ».

 


3 commentaires:

  1. « Combien de fois, en Allemagne, en 1932, un communiste et un nazi, discutant dans la rue, ont été frappés de vertige mental en constatant qu’ils étaient d’accord sur tous les points ! »
    Simone Weil.

    En 1932, les SA nazis et les militants communistes s’entretuaient, atteignant des dizaines de morts par mois.

    Outre que la vieille recette machiavélique qui consiste à diviser pour régner marche à tous les coups, le « plaisir de zigouiller » si bien repéré par A.Souchon et par votre analyse me semble le ressort principal de ces abjections.

    Armelle Sêpa.

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  2. « ces quelques coups de pieds supplémentaires » précisent cette abjection.

    Armelle Sêpa.

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  3. Des coups de pieds de Jeune Garde, virils et passionnés.

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