samedi 14 février 2026

Une drôle de bête : le Web

« Faon renversé par une faucheuse. Trois pattes amputées. Le web se mobilise mais il meurt. Et c’est la polémique : " personne n’intervient".»

Je ne sais plus dans quel quotidien j’ai effectué cette capture d’écran. C’est que la nouvelle, et la manière de la présenter, m’ont quelque part interpellé. Je ne me réfère pas à la mort du petit d'un chevreuil mutilé par une faucheuse  (c’est triste, mais combien  meurent tous les jours écrasés par des voitures ?).

Ce  qui m’a troublé c'est l’existence d’une entité, qu’on appelle le Web, capable de se mobiliser autour d’un non-événement de ce genre (avec toute la compassion que l’on peut ressentir pour la pauvre petite bête). « C’est une preuve de sensibilité, diront certains ». C’est possible. Mais face à ces manifestations de bonté collective qui ne coûtent pas grand chose (et bravent ce que Freud appelait le « Principe de réalité »), on a le droit de se méfier. Le Web est une drôle de bête*. Parfois, transporté par le sentiment, il se mobilise pour sauver un chevreuil irrécupérable, et il en veut aux institutions qui n’arrivent pas à lui recoller les pattes. Parfois, transporté par le sentiment,  il incite au lynchage. 

*  Je note au passage le caractère "durckheimien " de la formule choisie par l'auteur du reportage (« le web se mobilise …» ), qui personnifie le web, lui donnant une existence autonome, indépendante des individus qui la composent.

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