samedi 7 février 2026

Ruralités inactuelles (donc ringardes ?) : le retour des vaches et l’émotion des paysans

 


J’ai une amie qui prétend avoir rencontré Angela Nardo Cibele. « Elle était en maison de retraite, une dame très affable et distinguée, j’en garde un très bon souvenir ». Le problème est que la Zoologia Popolare Veneta publiée par la folkloriste vénitienne date de 1887.   Si Angela Nardo Cibele était encore vivante cent ans après la parution de son ouvrage, sa notoriété serait planétaire.  

Parcourir son livre, qui remonte à une époque où on commençait à pressentir l’ « homologation culturelle » qui se profilait à l’horizon*, nous oblige à constater la puissance imaginative des cultures populaires (j’y reviendrai). Elle nous oblige aussi à reconnaître l’intensité du lien entretenu par las ruraux de l’époque avec leur bétail, dont la perte n’aurait pas pu être compensée par un simple remboursement financier :

« Dans le Cadore, le jour de printemps où les vaccies (vaches) vont à l’herbage, ou mangent pour la première fois le foin dans la prairie, on les asperge d’eau bénite. Les vaches rentrent à l’étable à la fin du mois d’août. Il serait impossible de décrire l’émotion des paysans le jour où elles reviennent de la montagne, pourvu qu’aucun malheur ne les ait frappées. Ils sont si pénétrés de l’importance de cet événement qu’ils ne songent même pas à se nourrir, bien qu’épuisés par les travaux des champs. Beau est l’instant où le troupeau fait irruption, bondissant, dans la vaste cour de la ferme, précédé de la bête la plus âgée, qui l’a guidé sur le chemin et qui fait joyeusement retentir la cloche suspendue à son cou. La famille, vieux et jeunes réunis, se tient à l’écart, et à l’apparition des bêtes il y a un moment d’ivresse, durant lequel les visages s’animent, les bras se tendent dans un élan de joie, et les voix des grands et des petits se mêlent en un seul cri. Puis, l’une après l’autre, dans un ton d’émerveillement et de reconnaissance affectueuse, les bêtes sont caressées et appelées par leur nom par les mains des paysans, qui font résonner dans l’air leurs aimables appellations (…).
Je ne puis décrire le charme de l’une de ces scènes simples, goûtée sous le dernier rayon de soleil d’un beau crépuscule d’été. »

Quant aux noms des vaches, ce sera pour la prochaine fois.

 

* Zoologia Popolare Veneta Specialmente Bellunese. Credenze, Leggende E Tradizioni Varie,

** La formule est pasolinienne. Aujourd’hui on parle de globalisation.

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