jeudi 13 août 2026

L'agave résiliant (7). Vers la résurrection


 


Anne Brigman (1869-1950) Flame

 

- « È la foresta vergine »*

- Ah oui, c'est la grande forme. Sauf les hortensias, qui ont beaucoup souffert,  plein sud ... Je vais m'en occuper.

- Ah, tiens, allons voir comment se porte l’agave. Tu te souviens ? L’agave en bas de la fontaine, sous le toit de la maison où il y a eu l’incendie. Ils font des travaux…

- Un incendie ? Tu ne me l’avais pas dit.

Nous approchons de l’agave.

- Il ne va pas bien du tout, cet agave. Même la pointe, regarde : cette tache brune. Elle ne me dit rien de bon.

- Moi, je trouve qu’il a fait quelques progrès, mais à peine. Le mois de juillet a été torride. Mais ne t’inquiète pas, cher agave. Tu t’es donné du mal pour tenir jusqu’ici, maintenant, nous sommes là pour t’arroser.

- Il faudrait peut-être lui donner aussi de l’engrais. T’as vu la terre ? On dirait du gravier**.

Pendant la nuit, comme promis, l’agave a été désaltéré. Deux jours plus tard, il semblait déjà aller mieux.

- Regarde : les deux feuilles survivantes se sont écartées. Et la couleur n’est plus la même.

- Et dans les creux, là, on dirait du vert. L’autre jour, il n’y en avait pas.

- Je ne saurais pas dire pourquoi, mais les agaves me font penser à des éléphants.

- Avec cette couronne de feuilles desséchées… ça doit être très démoralisant. 

Nous touchons les feuilles.

- C’est dur comme du bois.

- Il faudrait des cisailles.

- Et peut-être même une scie. Mais tu te figures la scène ?

Je pointe mon doigt vers les caméras de surveillance. Oui, parce que dans ce recoin de la ville, charmant et relativement écarté, la jeunesse locale a pris l’habitude de se retrouver à plusieurs titres. J’imagine l’irruption des forces de l’ordre, qui, face à un comportement si inhabituel, auraient du mal à accepter nos explications.

En tout cas, ayant constaté le will to live de la plante, nous repartons optimistes, songeant aux stratégies les plus appropriées pour l’aider à se rétablir. (Suite et fin)

* J'ai mis cette phrase entre guillemets parce qu'il s'agit d'une citation. Elle remonte à l'époque où j'appelais ma famille en Italie, à 13h15, avec des cartes téléphoniques polychromes - une plus jolie que l'autre - que j'aurais dû collectionner. Je demandais à ma mère : « Et le jardin? ». Elle me répondait : « Le jardin, tu verras, c'est la forêt vierge ». 

** J’imagine qu’un expert en agaves trouverait nos efforts thérapeutiques inadaptés voire même contreproductifs.

 

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