Fontaine qui ressemble beaucoup à celle de mon récit
Je ne dirais pas qu’il était là depuis la nuit des temps, mais presque. En descendant vers le fleuve on le remarquait forcément, dans son grand pot en terre cuite, protégé par le toit d’une maison sobre et distinguée qui donne sur la rue. Je le croisais tous les jours. Je buvais une gorgée d’eau à la fontaine située quelques mètres plus haut - une tête de lion en fonte au gargouillement discret - j’approchais et, comme je le faisais avec mes chiens, je lui disais sur un ton goguenard : « Tiens, un agave. Mais qu’est-ce que tu fais là ? ».* Je connaissais les agaves depuis l’école primaire, ma maîtresse m’ayant appris que le Bon Dieu les avait programmés pour obtenir une fibre très résistante utilisée, par exemple, pour la fabrication des chapeaux Panama. L’agave n’est pas très exigeant. Ses propriétaires l’arrosaient de temps en temps, j’imagine, assez pour qu’il garde une allure acceptable. Quelqu’un, à un moment donné, s’était permis d’y inscrire son nom, les superficies lisses et charnues, comme on sait, incitant même les dilettantes au graphisme et à la création artistique . Mais les agaves sont résiliants. (À suivre).
* À une différence près : à mon chien je ne disais pas « Tiens, un agave » mais bien « Tiens, un chien ». Lorsque j’étais de bonne humeur, je pouvais aller un peu plus loin : « Mais qu’est-ce que je vois ? Mais ce n’est pas possible … Ne s’agirait-il pas d’un chien ? Et, je dirais même, de mon chien ? ». Le chien appréciait et sautillait.
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