mardi 11 août 2026

L'Agave résilient (6). En attendant la pluie

 


Conduire une existence d’agave aux pieds des Dolomites est tout à fait possible, mais à certaines conditions : par exemple, recevoir de l’eau de temps en temps. Après quelques mois d’absence, en revenant dans la région, j’ai constaté que l’entrée de la maison qui hébergeait l’agave était barrée, mais que la plante était toujours à sa place. La plupart de ses feuilles avaient la couleur du bois mort et son cœur était livide. L’effet « bois mort » n’était pas une nouveauté, le dessèchement progressif des feuilles faisant partie du cycle naturel de cet habitué des régions arides d’Amérique. Mais le processus s’était accéléré : « Ça doit être à cause de la vieillesse, me suis-je dit, ou du stress de l’abandon. »

Puis, soudain, j’ai compris : « Mais non, il n’est pas en train de mourir de vieillesse, il est en train de mourir de soif. Les propriétaires de la maison sont partis, et le débord du toit empêche la pluie d’atteindre ses racines. »

En passant davant lui, j'ai d'abord commencé  par regarder ailleurs, comme on le fait souvent dans ce genre de  circonstances pathétiques. Mais devant ce martyr végétal, sorte de Tantale  mourant de soif sous les gargouillements joyeux d’une fontaine, j'ai décidé d'intervenir.

Il faisait nuit, je suis allé chercher un arrosoir. Je me suis approché de la plante et je lui ai susurré : « Tiens, un agave. Mais qu’est-ce que tu fais là ? » Puis je lui ai versé, petit à petit, l’eau qu’elle attendait depuis si longtemps. Pas trop, pour commencer.

Je suis reparti pendant un mois, impatient de découvrir, à mon retour, si les choses avaient changé.

(À suivre.)

 

 

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