jeudi 30 juillet 2026

« La vertu est science ; le vice est ignorance ». Le rôle émancipateur des défenseurs des loups

 


Moutons arriérés croyant encore à l’histoire du Grand Méchant Loup.

 

Pas trop d’idées ce matin. Je reviens donc sur mon marronnier estival. Dans la presse régionale, je tombe sur un article commentant le désarroi des éleveurs face à la prolifération des loups dans les Alpes de Vénétie. Il s’appelle “ Abattez les loups, sinon ce sera un désastre ». Des agriculteurs furieux après les dernières hécatombes »“. L’article reporte le point de vue d’Alberto Morandi, propriétaire d'une exploitation agricole dans la province de Padoue, qui emmène depuis trente ans près d'un millier de moutons à l'alpage :  « Soit le problème du loup est résolu, soit nous allons au-devant d'un désastre, car des dizaines d'exploitations agricoles décideront de cesser leur activité. » En moins d'un mois, il a subi trois attaques : 20 brebis ont été déchiquetées, 13 blessées et 50 dispersées. Et cela, bien qu'il ait respecté le protocole consistant à installer chaque soir une double clôture électrifiée, le troupeau étant protégé par trois chiens de garde. La dernière attaque remonte à dix jours, le 19 juillet.« On fait constamment la leçon aux éleveurs et on les fait passer pour des gens peu professionnels. »

Ça alors. Mais de quels loups parle-ton ? J’étais persuadé que la peur du loup n’était que l’héritage d’anciennes croyances irrationnelles, de fantaisies rétrogrades fustigées par les porteurs de la légitimité scientifique (pour utiliser une formule à la Bourdieu)*. Je cite au hasard :

  “« Le loup et les peurs irrationnelles » (…) L’ignorance, la cupidité et l’égoïsme entrent pour beaucoup dans l’agitation irrationnelle qui accompagne le retour, timide d’ailleurs, du loup dans les forêts vosgiennes. (…) « La vertu est science ; le vice est ignorance », disait Platon. C’est bien de cela qu’il s’agit : le loup, mais aussi l’ours, le lynx, la chauve-souris, les rapaces, les insectes etc. sont victimes d’obscures superstitions véhiculées par les fantasmes de l’imaginaire, par des réminiscences ancestrales scientifiquement infondées, mais bien ancrées dans l’inconscient collectif, et souvent reliées aux manifestations du Malin ou à toute autre puissance délétère. Comment se débarrasser de ces croyances ? Une psychanalyse collective semblant exclue, il faut, comme bien souvent, être patient et éduquer, inlassablement”. (Dominique Pernot, Ancien président d’Alsace-nature - Dernières Nouvelles d’Alsace, 3 mars 2014 https://www.dna.fr/environnement/2014/03/01/le-loup-et-les-peurs-irrationnelles?utm_source=chatgpt.com

Et pour rester dans les alpages où pâturent les moutons de Monsieur Morandi, voici le point de vue prophétique de Stefania Ganz, biologiste et adjointe à l'environnement de Belluno, dans un numéro de l’hebdomadaire L’amico del Popolo de 2018: « Le loup ne devrait pas faire peur à l'homme, il n'y a aucune raison. Les éleveurs devront s'adapter. C'est possible. »

Même appel au réalisme chez Pierre Rigaux, « militant français pour l'écologie, la cause animale et l'abolition de la chasse », qui dans ses conférences se démène pour  « démystifier beaucoup de choses qui relèvent du fantasme. »   « On entend dire (...) qu'il décimerait les troupeaux (...). Il faut regarder la situation d'un point de vue quantitatif (...), on se rend compte que les choses peuvent, en grande partie, être évitées.

Bref, chers éleveurs, nous  comprenons votre désarroi, bien entendu, parce que nous sommes des êtres sensibles (plus que vous, d’ailleurs, qui élevez des non-humains pour les amener à l’abattoir).

Cependant - espèce de troglodytes - assurer la cohabitation entre le loup et l'agneau est ce qu'il y a de plus élémentaire :  il n’y a qu’à …

*  Je mens. Cette arrogance scientiste réduisant à des préjugés ataviques les doutes des éleveurs quant à la possible cohabitation du bétail et des loups fait l’objet de mes critiques depuis une vingtaine d’années voire plus.

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