Buffon et le singe, dans cette installation de Gloria
Friedmann à Montbard, ont l’air de regarder le même film. J’aimerais bien
savoir ce qu’ils se disent.
mercredi 9 octobre 2019
dimanche 6 octobre 2019
Remèdes d'autrefois (après une visite en Bourgogne)
L'ancien Président de la République italienne Giovanni Leone en train de conjurer le mauvais sort
Je l’ai vu de mes yeux, je le jure.
On appelle apotropaïque un geste censé conjurer le mauvais
sort. En Italie, comme nous le rappelle l’anthropologue Ernesto De Martino, un
des gestes apotropaïques les plus courants revient à faire le signe des cornes. Pour que ce soit encore plus efficace, il faut approcher la main du bas ventre (pour
les femmes, parait-il, c’est plutôt le sein gauche).
C’est ce que l’on a
reproché à Giovanni Leone, ancien
président de la République italienne, immortalisé dans cette posture pendant sa
visite à un hôpital (ainsi que dans d’autres situations angoissantes, c'est un récidiviste).
Juste hier, dans une circonstance publique où j’étais censé
parler des trophées, j’ai dit à un certain moment qu’introduire une bête taxidermisée à la
maison, au bout du compte, c'est introduire un mort.
Un monsieur âgé plutôt distingué qui suivait attentivement mes élucubrations a fait une grimace et, très rapidement a
reproduit le geste du président Leone. On aurait dit une image subliminale, tellement il a fait vite. « Tiens- j'ai pensé – même ici, au cœur de la Bourgogne ...».
Je suis sorti avec un
peu d’amertume en songeant à ce monde
d’autrefois, en dialogue permanent avec l’au-delà, qui est en train de
disparaître.
vendredi 4 octobre 2019
L'arroseur arrosé : un chien de chasse dévoré par les loups
Chien inoffensif de Jeff Koons ne risquant pas d’être mangé par les loups
J'apprends qu’un chien de chasse, dans les Alpes de Vénétie, vient d’être dévoré par les loups. Tant pis pour lui, il n’avait qu’à rester à la maison*.
* Pourquoi obliger les chiens de chasse à poursuivre des bêtes innocentes ? Recyclons-les! Cela fait des sympathiques compagnons de jeu. En plus, ils nous obligent à les sortir deux fois par jour, ce qui est bon pour notre santé.
mercredi 2 octobre 2019
Au cas où (les pouvoirs des plantes)
La foire de Saint Michel, à Brest.
Je tombe sur un stand ésotérique. Il y a des pierres pour devenir riches, beaux
et intelligents, on n’a qu’à choisir. Il y a même du végétal : la racine
du sanglier. « T'as mal où » ? Ça soigne tout, paraît-il. Je jette
un coup d’œil sur le net et je la trouve tout de suite. Il s’agit du tamier (Tamus communis). Je découvre également
son nom vernaculaire. On l’appelait « l’herbe aux femmes battues ».
C’est dire si c’était
fréquent.
lundi 30 septembre 2019
Pour bien comprendre l’autre (humain et animal)
Sauvages dont on savait déjà tout bien avant de les rencontrer
On ne peut qu’être étonné par la finesse et la modernité avec laquelle Joseph-Marie de Gérando, à la fin du XVIIIe siècle, alertait ses contemporains, prêts à partir pour des pays lointains, contre les risques de l’ethnocentrisme, à savoir contre la tendance à projeter sur les autres ses propres valeurs et sa propre conception du monde :
« Souvent, écrit-il, les
voyageurs ont fait reposer sur des hypothèses, ou fautives, ou tout au moins
douteuses, les récits qu’ils nous ont transmis. Rien ne leur est plus
ordinaire, par exemple, que de juger les mœurs des sauvages par des analogies
tirées de nos propres mœurs, qui ont cependant si peu de rapports avec elles.
Ainsi, d’après certaines actions, ils leur attribuent certaines opinions,
certains besoins, parce qu’elles résultent ordinairement en nous de ces besoins
ou de ces opinions. Ils font raisonner le sauvage à notre manière, lorsque le
sauvage ne leur explique pas ses raisonnements ».*
Les éthologues aujourd’hui,
nous alertant contre le risque de surinterpréter les motivations de nos chats et de nos chiens, tiennent le même discours pour ce qui concerne l’altérité animale.
*J.-M. de Gérando,
« Considérations sur les diverses méthodes à suivre dans l’observation des
peuples sauvages », in J. Copans et J.Jamin, Aux origines de l’anthropologie française, Paris, Maspéro, 1976,
p. 135
samedi 28 septembre 2019
Regarder la réalité en face
Il y en a qui, pour manger un
morceau de viande, ne doivent pas penser à son origine. D’où le grand succès
des steaks hachés, des merguez et des boulettes. D’autres, assumant jusqu'au bout leur carnivorité, n’hésitent pas à manger des pieds de porc, des queues de bœuf et des têtes de veau. C’était le cas, comme tout le monde le
sait, de Jacques Chirac. À l’occasion de sa disparition, je découvre
l’existence de la Confédération nationale des tripiers qui exprime dans
un tweet sa "Tristesse d’apprendre le décès du Président Jacques Chirac,
notre meilleur ambassadeur de la Tête De Veau, et grand amateur de produits
tripiers".
On dirait du Rabelais.
jeudi 26 septembre 2019
Je n’ai rien contre Greta
- T’as vu qui ironise sur Greta ? Onfray, Bruckner et Finkielkraut.
- On ironise même sur le Bon Dieu en espérant qu’il ne se
fâche pas trop, alors pourquoi pas sur Greta ? Juste un peu, pour entretenir notre esprit critique.
- Toi aussi … cela ne m’étonne pas!
- Jésuite.
mardi 24 septembre 2019
À quand la viande in vitro pour les loups ?
Salvador Dali explorant les potentialités de la viande artificielle
Je viens d’écouter un entretien avec la sociologue Jocelyne
Porcher (France Inter le 23 septembre 2019, à 13h30). Dans un premier temps j’étais complètement d’accord
avec elle : « C’est
vrai, me suis-je dit, la viande artificielle remettrait
tout simplement en cause les élevages, le lien entre les espèces domestiques et la
gastronomie, la survie même de ces espèces qui ne serviraient plus à rien ». Après j'ai pensé : « Il y aurait quand même des retombées morales
intéressantes : si on fournissait régulièrement de la viande in vitro (on l’appelle
comme ça) aux loups, on pourrait sauver des milliers de moutons ». J’ai vite
compris les limites de mon raisonnement et je suis passé à autre chose.
samedi 21 septembre 2019
Enchanteurs et désenchanteurs
"Brocéliande? C'est fini !". Mais pas du tout : les druides prolifèrent, les néo-chamanes aussi. La forêt bretonne, en tout cas, est en train de se moderniser.
jeudi 19 septembre 2019
Une modeste proposition pour protéger les loups
Il y a juste cinq jours, à quelques encablures de la
Normandie … eh bien, on a aperçu un loup. Désormais ils sont partout. Le gouvernement,
paraît-il, compte augmenter les prélèvements. Plutôt que d’abattre
les loups, ce qui fait néanmoins de la peine, je propose de les apprivoiser. Saint François y parvenait
très bien. Saint Brieuc aussi.
mardi 17 septembre 2019
Être compris en tant que poisson
Poisson joyeux à l'insu de son plein gré
Tchouang-tseu et Houei-tseu se promenaient sur le pont
enjambant la rivière Hao. Tchouang-tseu dit :
- Regarde les vairons, qui nagent et bondissent tout leur
soûl. C’est ça qui rend les poissons heureux.
Houei-tseu dit :
- Tu n’es pas un poisson, alors comment sais-tu ce qui rend
les poissons heureux ?
C’est ce qu’on demande parfois aux anthropologues* : « Tu
n’es pas de chez nous … tu n’es pas un Piémontais, un Breton, un Inuit
… Comment prétends-tu savoir ce qui nous rend heureux ? »**
* Mais il s'agit d'une provocation à laquelle il ne faut pas
répondre.
** Tiré de : L'éternelle sagesse du Tao. Le rire de Tchouang-Tseu (textes choisis et commentés par Stephen Mitchell, Synchronique Editions, 2018
dimanche 15 septembre 2019
Devenir rouge-gorge
On appelle
récits étiologiques les récits qui expliquent pourquoi les choses
sont comme ça. Pourquoi le rouge-gorge a-t-il la gorge rouge ? Parce qu’il a arraché une épine de la
couronne du Christ. Une goutte de
sang est sortie de la plaie et son empreinte est restée. J’en ai parlé vendredi à un groupe d’étudiants. Certains ont compris, je crois. D’autres ont trouvé
que je disais des bêtises.
vendredi 13 septembre 2019
Un vache anthropomorphe (et il n’y a pas de quoi rire)
J’ai bien aimé ce fromage. Je crois qu’il mérite sa médaille
d’argent. Mais à l’étiquette, alors, je donnerais la médaille d’or. Elle la mérite pour son caractère
énigmatique. Normalement on insiste sur la naturalité de la vache :
« Manger notre fromage c’est comme boire du lait ». La vache, ici est
en costard cravate. Elle a même une coupe d'entrepreneur New Age.
Quel est le message ?
1) Mangez-moi parce que je suis un « Seigneur
fromage »
2) Mangez-moi et vous deviendrez un PDG
3) Voici un fromage civilisé (nos vaches sont très sérieuses,
rien à voir avec la vache qui rit)
4) Voici un fromage qui met tout le monde d’accord (les
humains et les non-humains)
J’accepte d’autres propositions.
mardi 10 septembre 2019
Propos racistes à l'égard d'un chien
Peu d’idées, ce matin. Juste l’image de ce chien flamboyant
dans un décor flamboyant. Tout est beau autour de lui. Le lévrier aussi est très beau,
mais il n’a pas l’air de s’en rendre compte. C'est typique de cette race de chiens, paraît-il.
dimanche 8 septembre 2019
Qui est ce type ? Pour en finir avec la chasse au lion
Je cite un dernier passage qui permettra, je pense,
d’identifier notre chasseur.e de fauves. En fait, il/elle ne chasse pas que les
fauves :
« J’ai terriblement envie d’aller chasser un peu à
nouveau. Sjörgen m’a donné – avec la maison, - un fusil qui est excellent. Ici,
je dois me contenter de tirer sur les pigeons, hier, après-midi, j’en ai abattu
21 ».
vendredi 6 septembre 2019
Normalité et chasse au lion
Nouvelle tentative. Qui a écrit : "En ce qui concerne les
lions (…), tout ce que je peux dire c’est que je ne crois pas qu’un être normal
puisse se trouver dans un pays où il y a des lions sans mettre son adresse à
l’épreuve » ? Winston Churchill ? Karen Blixen ? Jean Rouch ? Théodore Monod ?
mercredi 4 septembre 2019
Savoir-faire et sainteté
Lorsque j’étais enfant, en Vénétie, j’entendais des gens qui disaient (je traduis) : « Saint Pierre dit le vrai ». On jouait sur la rime
entre « Piero » et « vero ». Parfois quelqu’un rajoutait :
« Et sainte Anne dit le faux ». Là aussi on jouait sur la
rime (« Anna » et « inganna »). Je me demande quelle créature méphistophélique peut avoir mis en
circulation cette rumeur infondée, juste pour faire de l’humour.
Toujours est-il que les saints sont extrêmement spécialisés. Si on a des problèmes de vue, inutile de
s’adresser à Saint Martin de Tour, qui soigne les rhumatismes, il faut prier Sainte
Odile. Pour les maux de ventre le
meilleur est peut-être Saint Brice, mais Sainte Émérentienne n’est pas mal non
plus.
Pour réparer les chevaux on s’adresse à Saint Alar.
Pour réparer les chevaux on s’adresse à Saint Alar.
lundi 2 septembre 2019
Une balle en pleine poitrine
« Nous nous sommes éloignés en toute hâte mais nous pouvions le voir se déplacer à l’intérieur du buisson et l’entendre pousser des grognements de fureur ; cependant, nous ne savions pas exactement quelle partie de son corps nous faisait face et il s’agissait de ne pas prendre trop de risques en tirant au hasard ; mais, pour finir, il m’a semblé pouvoir distinguer sa silhouette, avec sa queue qui se balançait au milieu du buisson, et alors j’ai tiré et je l’ai atteint à l’épaule, - mais cela n’est rien pour une aussi grosse bête et il s’est lancé droit sur nous, comme un boulet de canon, et, crois-moi, la face d’un lion qui charge ne manque pas d’expression. Je lui ai logé une balle en pleine poitrine et il est tombé presque à nos pieds. La peau n’a rien d’extraordinaire ».
Quel ton! Quelle assurance! Mais qui est ce type ? Ernest
Hemingway ? Le Baron de Münchhausen ? Le docteur Walter Palmer ?
samedi 31 août 2019
Cum grano salis (autour d'une initiative sans sel)
Plaque publicitaire vintage
« Regarde,
papa, il y a un moineau !
Comment on fait pour l’attraper ? » « Ah, c’est facile, tu n’as qu’à lui mettre un peu de sel sur la queue ». J’y tombais à chaque fois. Je sortais avec mon sel, je bougeais
très doucement … et je n’attrapais rien du tout. Il m’a fallu des années pour
comprendre que c’était une
plaisanterie. La boite du sel Cérébos, telle que je l’ai découverte en arrivant
en France, me rappelait cette époque lointaine où les adultes
mentaient et moi je les croyais. Je la trouvais poétique. Maintenant, au nom de
la morale, on l’a censurée : « On ne fait pas de mal aux petits oiseaux ! ».
C’est moral et déprimant à la fois.
jeudi 29 août 2019
Autophagie (la vache qui rit)
Sorti de chez le boucher, j'ai regardé cette image censée
donner à mon faux-filet un air joyeux. Faisant partie de la catégorie de mangeurs qui se posent
des questions sur le bien-fondé de l’alimentation carnée (comment
pourrait-on les dénommer ? « Carnivores critiques » ?
), je l’ai trouvée de mauvais
goût. C’est de la vieille propagande : « Je donne mon corps à … et je suis tout content ».
mardi 27 août 2019
Tant que l’ours n’y est pas
Heureusement
que les loups n’attaquent pas les humains, parce que les ours, en revanche … .
En fait, même de la part des ours, pour être objectif, c’est rarissime*. Et ce n’est pas Julien
Gauthier qui dira le contraire (ni
Valérie Théoret et son bébé, ni Wladimir Molinari, ni Nikolay Irgit, ni Aaron
Gibbons, ni Atsushi Aoki, ni Patrick Flinders, ni S. Azarov, ni Colin Dowler,
ni Lara Booth et Andi Bauer, ni Blazo Grkovic, ni ...).
* Et c'est sans doute à cause du réchauffement climatique
dimanche 25 août 2019
Le retour des loups à Huelgoat
Juliette Fontaine : Anachorète
Ma rentrée s’est passée sous le signe du loup. Elle a coïncidé avec une rencontre à Huelgoat dans l’espace d’art contemporain Méandres, animé par Brigitte Mouchel et Julie Aybès. C’était autour de l’exposition « Lorsqu’on parle du loup » (avec comme sous-entendu, peut-être : « lorsqu’on parle du loup on parle aussi de plein d’autres choses». Derrière l’hétérogénéité des regards j’ai cru saisir un point commun : le caractère « anhistorique » des animaux représentés. Le loup et le faisan dans la neige proposés par la photographe Julie Fischer, par exemple, semblent surgir de nulle part, prêts à resombrer dans le néant*. Le merle filmé par Juliette Fontaine (il chante à tue tête contre le vacarme du périphérique parisien et fait penser à ce Pékinois tout seul, place Tiananmen, face aux chars de l’armée chinoise) est un merle exemplaire (il incarne le « devoir être » des oiseaux). Les petits animaux esquissés par Isabelle Richard font bien partie d’un passé (le sien), mais ils restent énigmatiques comme les dessins d’un rébus. Chez Sophie Mei Dalby le repêchage des anciens bestiaires devient un prétexte pour explorer moins des animaux particuliers que l’animalité en général. Chimériques, les sculptures de Myriam Martinez, plus proches de la mythologie que de l’histoire, remettent en cause les frontières morphologiques qui nous séparent des autres animaux. Bref, apparitions fugaces, bêtes imaginaires, emblématiques, sans racines.
Au beau milieu de la réunion un chat en chair et en
os, dans toute
sa concrétude, a traversé la salle. Il semblait dire : « Regardez-moi, je suis vrai, je participe à l’histoire de ce
lieu et de ces gens ». Mais lui aussi, finalement, faisait penser à un
animal allégorique. Juste après, dans le public, une dame âgée a pris la parole
pour nous parler de son enfance, lorsque les loups, à Huelgoat, étaient encore
nombreux : « Pour aller faire pipi, le soir, les enfants sortaient en
groupe accompagnés par des adultes ». On a pensé à un anachronisme, la
dernière prime pour la suppression d’un loup, dans les Monts d’Arrée, datant de
1884. Mais c’était peut-être une
histoire vraie : celle que lui racontait sa grand mère.
* Loup ou
chien errant ? On a de plus
en plus de mal à trancher.
mardi 6 août 2019
Trêve estivale dans l'intérêt des animaux
Le temps court comme un fou et moi je le passe à exploiter
les animaux pour leur faire dire n’importe quoi. C’est lamentable et lassant à
la fois. Nous avons tous besoin d’une pause estivale (humains et non-humains,
instrumentalisateurs et instrumentalisés). J’ai ainsi décidé de suspendre mes
activités pendant deux semaines. Bonnes
vacances à tout le monde.
samedi 3 août 2019
Ce qui est vrai est sans prétention
Agneau présumé innocent
Plus j’y pense, plus
je réalise le potentiel subversif de l’adjectif
« prétendu».
Exemple : « La prétendue innocence des
agneaux »
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