mardi 24 novembre 2015
dimanche 22 novembre 2015
"Négocier avec le vivant". Juste une annonce.
Ce blog, on l'aura
remarqué, n'a rien d'officiel. Je profite de cet espace informel pour faire des
essais, exprimer mes sentiments de citoyen lambda et explorer quelques pistes
académiquement peu correctes. Je cherche à ne pas sortir de l'orthodoxie, en revanche, dans le cadre d'un séminaire que je tiens à l'EHESS et qui s'appelle : " L'appropriation de la nature entre remords et mauvais foi : négocier avec le
vivant " - 2e et 4e lundis de mois de 15h à 17h (salle 5,
105 bd. Raspail 75006 Paris).
La séance de demain sera
consacrée à la présentation de la problématique générale.
All you need is love
Une partie de mes interrogations
sur l'inné et sur l'acquis chez
les chiens m'avait été inspirée, je dois
l'avouer, par un petit film publié par le quotidien La Repubblica.
On y voit un pit-bull derrière les barreaux, tout content d'être caressé par une dame. Non
seulement je n'ai pas été attendri par la scène, mais j'ai trouvé le
commentaire parfaitement surréaliste. Avant de proposer ma
lecture (ou mes fantasmes),
j'aimerais connaitre d'autres interprétations. On peut voir le film ici:
vidéo repubblica-pitbull
vidéo repubblica-pitbull
vendredi 20 novembre 2015
Une pensée pour Diesel
Une pensée pour Diesel, chien au sang de loup qui aurait plu beaucoup à Konrad Lorenz et qui (malgré cela) nous fait de la peine.
jeudi 19 novembre 2015
Happy end
Chèvre autrichienne (image empruntée à Bestie, santi, divinità, Museo Nazionale della Montagna, Torino, 2003 (a cura di Piercarlo Grimaldi).
Le temps linéaire
est irréversible, à la fin on meurt et c'est tout. Le temps cyclique est plus clément : périodiquement on revient ("on était
mort ... mais on a survécu"). Qui
se cache derrière ces masques de bouc, de jument, de cerf, d'ours et de loup
qui peuplent le carnaval alpin? Les masques abritent les morts, bien entendu. Ils abritent nos défunts mais aussi les animaux que nous aimions, qu'on croyait morts mais qui s'étaient tout juste
absentés. Ils abritent les bêtes que nous avons repoussées dans le fourré et celles que nous avons mangées. Derrière ces masques il y a probablement Cyril, qui
s'était trompé de chemin et qui a disparu avec son chien qui ne valait
pas grand-chose. Il y a Geneviève qui, en fait, n'est jamais partie pour l'Amérique. Il y a les esprits de la forêt et
l'homme sauvage, qui quitte les bois à contrecœur tout juste pour se faire
raser.
Tout ce beau monde, une fois par an, se réunit dans la place centrale du village et salue ému le public, comme à la fin d'une représentation théâtrale.
Tout ce beau monde, une fois par an, se réunit dans la place centrale du village et salue ému le public, comme à la fin d'une représentation théâtrale.
mardi 17 novembre 2015
Le chien idéal et la peur de l'étranger.
"Une erreur
que commettent souvent les amis
des animaux qui n'ont pas beaucoup d'expérience des chiens, c'est de choisir
celui qui se montre le plus amical lors de la première rencontre. Il ne faut
pas oublier qu'en choisissant ainsi, on choisit inévitablement le plus
flagorneur de la bande : on sera moins content, plus tard, quand on le verra
montrer la même amitié à n'importe quel étranger".
(Konrad
Lorenz, prix Nobel de physiologie
ou médecine en 1973, Tous les chiens,
tous les chats, Paris, Flammarion, 1969, p. 117).
lundi 16 novembre 2015
Lions de montagne
Le puma, appelé aussi le lion de montagne, est
en train de repeupler les Etats unis d'Amérique. Déjà présent dans le Nebraska
et le Dakota, il s'apprête à coloniser l'Arkansas et le Missouri. D'ici 25 ans
il y en aura partout. Tout récemment, deux exemplaires ont été repérés près de la Maison du Berger, à Champoléon (Hautes-Alpes). José Bové se rendra sur place dans les
jours qui viennent.*
* Avec ce qui se passe, je le sais, ces informations risquent de paraître frivoles. Eh bien, je trouve que rester "frivoles" face à des gens qui cherchent à nous l'empêcher est une forme de militantisme.
* Avec ce qui se passe, je le sais, ces informations risquent de paraître frivoles. Eh bien, je trouve que rester "frivoles" face à des gens qui cherchent à nous l'empêcher est une forme de militantisme.
samedi 14 novembre 2015
Le Bon Dieu comme prétexte.
"BESTIAL,
ALE (rad. bestia) Qui tient de la bête, qui appartient à la bête. Fureur
bestiale. Il a quelque chose de bestial dans sa physionomie" ( Bescherelle, Dictionnaire National de la
langue française 1865).
Plus l'homme laisse
émerger sa fureur, pensait-on en 1865, plus il se rapproche de la bête. C'était
croire que les bêtes ont des instincts "bestiaux" tandis que les
humains ont des motivations.
Après sont
arrivées les sciences de l'homme et de la société. Elles ont découvert l'existence d'une zone d'ombre
appelée l'inconscient (individuel et social) et remis en cause la pertinence des motivations évoquées par les acteurs : parfois, par exemple, ils se font exploser au nom de Dieu, alors que les raisons profondes de leur geste se trouvent ailleurs.
vendredi 13 novembre 2015
Noms de chiens
J'ai oublié un
détail important. Dans le passé de notre famille il y eut un autre chien, tout
aussi discutable, qui s'appelait Graf. C'était un doberman qui appartenait à ma
grand-mère. A décharge de mon aïeule, je dois dire que les dobermans, en 1935,
n'avaient pas la mauvaise réputation qu'ils ont aujourd'hui (ce qui vaut aussi pour
Mussolini qui en 1935 était très à la mode). Il se peut qu'avec le nom du
doberman, le setter irlandais, ait hérité aussi de son tempérament.
Morale : il faut toujours
faire attention avec les noms*.
* En préparant ce
billet j'ai découvert que le premier doberman officiellement enregistré au livre d'élevage allemand
s'appelait lui aussi Graf. Ma grand-mère était peut-être innocente, mais bigrement
bien renseignée.
jeudi 12 novembre 2015
Coming out : j'ai eu un chien fasciste.
A la naissance,
disait le philosophe John Locke, l'esprit humain est vierge comme une feuille
blanche. C'est l'expérience qui en détermine le contenu. J'ai eu un setter irlandais qui s'appelait Graf.
Dans sa jeunesse Graf était gentil et pacifique, un vrai démocrate. Un jour,
pendant une expédition avec mon père dans la plaine du fleuve Po, il disparut.
Il y a toujours du brouillard, là bas, et les chiens ont tendance à
disparaître. Mon père aimait ce chien, aussi publia-t-il des annonces dans la presse locale pour le retrouver. Après quelques mois d'attente il accepta la triste réalité. Pour ne
pas trahir son ancien compagnon il
acheta un setter anglais. Une année plus tard Graf réapparut. Il vivait du côté
de Rovigo, dans un élevage géré à la bonne franquette. En dépit de sa
médiocrité esthétique (par rapport aux standards officiels) il y remplissait
le rôle d'étalon. Ils étaient nombreux, dans l'établissement, à exercer cette fonction. A son retour chez nous il était devenu
un autre. Il hurlait, il mordait, il cherchait à s'accoupler avec n'importe qui
et n'importe quoi, il empêchait son copain d'approcher de la gamelle. Dans la
rue, il fonçait sur les autres chiens.
lundi 9 novembre 2015
C'est triste à dire, Star, mais tu es un petit facho.
La découverte que l'animal est une personne
me libère. Je peux enfin aller au-delà d'une compassion générique (compassion
hypocrite et paternaliste) et faire des choix. Je peux sympathiser avec Fido, par exemple, qui dans ses gesticulations
improbables m'inspire et m'humanise (en me rappelant que nous sommes tous comme Jar Jar Binks : imparfaits,
bizarres et maladroits) et trouver
que Star, possessif et
implacable comme son propriétaire
(ou contrairement à son propriétaire, ne faisons pas d'amalgames), est en
revanche une parfaite ordure*.
*Star aussi, de son côté, trouve que je suis une parfaite ordure.
samedi 7 novembre 2015
Peut-on qualifier un animal de "fasciste"?
Après ce qui vient d'être
dit, on peut aboutir au raisonnement suivant. Nous sommes confrontés à deux opinions récurrentes :
1) Le comportement animal
est "programmé", donc on ne peut pas prêter aux bêtes des
sentiments et des désirs cruels, un penchant pour l'autoritarisme, la passion pour la violence etc.
2) les bêtes ont une
intériorité comparable à la nôtre, donc des sentiments, des orientations morales, des tempéraments qui
diffèrent d'un sujet à l'autre.
Dans ce deuxième cas,
dans la mesure où le terme "fascisme", outre qu'une orientation
politique, désigne une disposition morale et psychologique, je peux qualifier certains pit-bulls (je dis bien certains pit-bulls, pas
tous) de fascistes.
jeudi 5 novembre 2015
L'inné et l'acquis : phénoménologie du fasciste.
Cheval
Le mot "fascisme" désigne avant tout une orientation politique. Le
Larousse définit le fascisme comme un "régime établi en Italie de 1922 à 1945, fondé sur la
dictature d'un parti unique, l'exaltation nationaliste et le corporatisme". Avec le temps et l'expérience on a fini par voir dans le fascisme, à
côté d'un projet politique qui a montré ses limites (c'est un euphémisme), une disposition psychologique : dans le
langage courant, est "fasciste" celui qui cherche à imposer sa
volonté par la force, montre un penchant pour la violence, adore les hiérarchies
et les rapports de domination. Ne supportant pas les différences, le "fasciste" fonce sur
tout ce qui n'est pas sa patrie, sa religion, son code comportemental, sa
tradition vestimentaire. Fidèle et passionnel, il idolâtre l'autorité ("Le chef a toujours
raison...") et sanctifie la loi de la jungle ("C'est le plus fort qui gagne
...") *.
Naît-on "fasciste" ou le devient-on? A-t-on un tempérament
"fasciste" par nature ou s'agit-il d'une construction sociale? Cela dépend des cas,
peut-être (et des options scientifiques). Pour en savoir plus, il
faudrait demander aux psychologues.
* J'oublie sûrement d'autres acceptions. J'aimerais que l'on m'aide à dresser le
portrait-robot vernaculaire du "fasciste"
: le "fasciste" tel
qu'il est perçu par le sens commun.
mardi 3 novembre 2015
Sadisme félin
Gustave Doré : chat chassant par simple automatisme
J'ai retrouvé quelques
sources évoquant la (prétendue) cruauté de certains animaux :
"Y a-t-il plus
chasseur que l'aigle? Voulez-vous assister à la chasse de l'aigle, être témoin
de sa joie féroce lorsqu'il enfonce ses serres puissantes dans la chair de sa
proie?" (Filippo de Antonis, "Cacciatori alati", in Diana n.12, déc. 1926, p. 208).
" Ce chat mauvais,
qui prolonge pendant une heure l'agonie d'une souris me parait la bête cruelle
par excellence (...). Il suffit de regarder la façon avec laquelle il se
comporte lorsque, par intervalles, il saisit la souris avec ses mâchoires. On
s'aperçoit que tout son être vibre d'une jouissance violente et perverse".
(Cunissiet-Carnot, "Flâneries d'un chasseur", dans "La crudeltà
negli animali", in Diana, il field
d'Italia, 15 oct. 1917.
Ce point de vue,
aujourd'hui, est loin de faire l'unanimité. Jean-Claude Nouët par exemple,
ancien président de la Ligue française des droits de l'animal, estime que s'il y a une espèce abritant
dans son programme génétique la commande de la cruauté, et il n'y en a qu'une,
c'est bien celle de l'homme *.
Jean-Claude Nouët,
"L'homme, Animal inhumain", in L'animal
humain, traits et spécificités, (dir. Georges Chapoutier ), Paris,
L'Harmattan, 2004, p. 75-86.
dimanche 1 novembre 2015
La réhabilitation du sauvage
La réhabilitation du sauvage,
on le sait, ne date pas d'aujourd'hui : " Le sauvage" écrivait Diderot dans l'Essai sur la peinture, "a les traits fermes,
vigoureux et prononcés, des cheveux hérissés, une barbe touffue, la proportion
la plus rigoureuse dans les membres; quelle est la fonction qui aurait pu
l'altérer? Il a chassé, il a couru, il s'est battu contre l'animal féroce, il
s'est exercé; il s'est conservé, il a produit son semblable, les deux seules
occupations naturelles. Il n'a rien qui sente l'effronterie ni la honte. Un air
de fierté mêlé de férocité. Sa tête est droite et relevée; son regard fixe. Il
est le maître de sa forêt"*.
Plus le temps passe plus
on s'aperçoit que le sauvage, en
dépit de sa réputation, est très civilisé. Il est fort notamment en matière de plantes et d'animaux. Ce qui
est passionnant, par rapport à notre problématique, c'est que lui aussi, tout spontanément, pense que les animaux
sont des "personnes", à savoir des sujets doués d'une conscience, de
sentiments, d'un point de vue sur le monde.
* Cf., à ce propos, Michèle
Duchet, Anthropologie et histoire au
siècle des Lumières, Paris, Flammarion, 1971
jeudi 29 octobre 2015
Le paysan réhabilité
Vaches bretonnes (cliché:Sergio Dalla Bernardina).
Oui, les bêtes ont de la jugeote.
Le problème est que, plus on nous le rappelle, plus on a du mal à les manger.
mardi 27 octobre 2015
Walt Disney réhabilité.
La découverte que les animaux ont
un "self", une morale et une capacité à se projeter dans le futur
réhabilite, du point de vue des sciences naturelles, Walt Disney. Autrefois, les spécialistes du
monde animal nous invitaient à ne pas imiter
le cartoonist américain : "Les vrais renards ne se comportent pas comme
Robin des Bois ... ". Aujourd'hui ils continuent de nous mettre en garde (l'univers
des autres animaux n'étant pas exactement comme le nôtre), mais avec moins de conviction : "Certains
renards, dans des circonstances particulières, peuvent se comporter comme Robin
des Bois...".
lundi 26 octobre 2015
La réhabilitation de l'animal 2
La recherche sur les facultés
psychiques des animaux ne fait que progresser. Aujourd'hui on est prêts à
reconnaître qu'ils raisonnent et qu'ils développent, à leur manière, une "culture". Certains macaques
japonais, par exemple, apprennent à leur
progéniture comment laver les pommes de terre avant de les manger (ils transmettent ainsi un savoir faire d'une génération à l'autre). D'autres animaux manient sans
problème de centaines de symboles. D'autres encore se séparent de leurs morts
avec des pratiques qui ont tout l'air de rituels funéraires. Les
anthropologues (Florent Kohler, par exemple) s'intéressent à cette question et se demandent
si on ne pourrait pas utiliser les théories et les méthodes de l'anthropologie
pour étudier les sociétés animales.
dimanche 25 octobre 2015
La réhabilitation de l'animal
Aigle perfide (coll. Sergio Dalla Bernardina)
Au XIXème siècle, avec l'habitude d'anthropomorphiser les animaux, on prétendait que les chats étaient
sadiques. Les aigles aussi avaient une
mauvaise réputation : selon les témoins de l'époque, ils approchaient leurs
victimes en émettant "le cri sinistre d'un maniaque" (je cite à
mémoire). Après,
sont arrivés les spécialistes du monde animal. Ils nous ont expliqué que la pulsion
prédatrice, chez les chats, les aigles et autres carnassiers, fait partie du
"programme" et n'est pas accompagnée d'intentions cruelles.
vendredi 23 octobre 2015
jeudi 22 octobre 2015
Ironique/irénique
Ironie : "Manière de railler, de se moquer, en ne donnant pas aux mots leur valeur réelle
ou complète, ou faisant entendre la contraire de ce que l'on dit" (Dictionnaire Larousse de la langue française).
Irénique : "Adjectif (latin ecclésiastique irenicus,
du grec eirênikos, pacifique). Qui
veut éviter les excès d'une attitude purement polémique" (ibid.).
J'ai toujours
admiré le caractère irénique des articles sur l'environnement publiés dans le
quotidien La Repubblica par le journaliste Antonio Cianciullo. Ses commentaires
pleins de sagesse révèlent une disposition d'esprit proche de la sainteté. Dans
un article récent, par exemple, il déplore que peu de gens pénètrent dans les
bois sans avoir préalablement lu le "guide pour gérer les rencontres avec
la faune sauvage" : A spasso nel bosco con la Forestale. Cela
éviterait des drames et des polémiques inutiles.
En Italie, Riri Fifi et
Loulou s'appellent Qui, Quo et Qua. Avant de s'aventurer dans la verdure ils lisent le Manuale delle giovani marmotte
(Manuel des jeunes marmottes*). Et ils ont raison : jusqu'à maintenant, en
effet, rien de grave ne leur est
jamais arrivé.
*Comment s'appelle-t-il en français?
(Antonio
Cianciullo, Il mio Blog/Incontri con l'orso - Eco-logica - Blog -
Repubblica.it.html 18 octobre).
mardi 20 octobre 2015
"T'as vu l'ours?"
Ours idéal-typique
Personnellement je ne crains pas les ours. La possibilité d'être agressé par
un ours dans la chaîne alpine dépasse à peine celle d'être écrasé par une
météorite. Si pendant mes promenades en montagne je devais être assailli par un
ours, il ne faudrait pas en vouloir au Ministère de l'environnement mais aux
caprices du destin.
Le vrai problème, avec les ours, c'est qu'ils
attirent les badauds :
-
Mais comment, tu as été à Vérone
et tu n'as pas visité l'arène? Et a Pise? T'as vu la tour de Pise, j'espère.
- Bien sûr, il ne manquerait pas que ça.
- Et au Trentin, t'es-tu promené dans les
terres de l'ours?
- Evidemment, j'ai même acheté des chaussons exprès
et une petite caméra, au cas où.
- Et as-tu vu des ours?
- Eh ben
... presque. J'ai vu des traces, je crois. Et le moniteur nature nous a
même montré une crotte. Une vraie.
Ça a l'air ridicule, mais
il ne faut pas trop ricaner : face
à une nature "sauvage"
qui ressemble de plus en plus à Yellowstone, nous sommes tous des badauds.
lundi 19 octobre 2015
Ours-garous?
Ours Gentils
Si dans mon dernier
billet je qualifiais les chiffres de madame Tironi d' "idéologiques",
c'est qu'ils détournent l'attention d'un fait qui a son importance : l'ours
peut tuer ses victimes sans pour
autant les manger, ce qui fausse les statistiques. C'est le cas de Bruno, qui a
liquidé le yak de l' alpiniste Reinhold Messner avant de s'enfuir en Bavière, de
Dino, qui a supprimé 14 ânes et plusieurs brebis en quelques jours (mais seulement
celles qui portaient une clochette), de Yurka qui tout en étant très sociable, a
euthanasié elle aussi, au cours de sa carrière, quelques vaches et quelques brebis. Au niveau paysan on reste alors méfiant (mais les paysans,
on le sait, sont crédules) :
« J’avais six cochons de 70-80 kilos et la truie de deux
quintaux et demi. Comme d’habitude le matin, un peu après cinq heures, c’était
au mois de juin et il venait de faire jour, je vais donner un coup d’œil et je
les vois tous morts, tous massacrés. Certains étaient dans la maisonnette,
certains dehors. Morts … la truie et trois autres étaient encore vivants, mais
il a fallu les abattre parce qu’ils étaient tous massacrés. Remarque, je ne
sais pas quoi dire parce qu’ici, que l’on sache, il n’y a jamais eu d’ours. On
parlait des ours, mais en référence à d’autres zones. Et je me suis interrogé
sur la bête qui … parce que une truie de deux quintaux et demi a aussi une
certaine capacité de se défendre, elle devient même plus méchante et agressive
lorsqu’elle a des petits à défendre. (…) Cela ne peut être que l’ours, je me
suis dit, car quinze jours plus tôt, de l’autre côté du Biaena (c’est une montagne du Trentin n.d.a.),
il avait dévoré les moutons de Gobbi. (…) Pour sortir il s’était glissé sous le
treillis en y laissant quelques poils. Les agents du service faunistique des
Eaux et Forêts sont venus voir.
Ils ont regardé les empreintes : c’était bien l’ours ». Entretien d'Alessandro
Bisoffi avec un éleveur du Trentin ( Tesi
di laurea in storia, Venezia, Università Ca’ Foscari, 2003/2004) p. 38 )
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