samedi 19 novembre 2022

  Soyons sérieux, rien de sacrificiel dans la corrida



« Mais où est le lien entre la corrida  et le sacrifice ? Foutaises ! Il faudrait croire à la théorie des archétypes pour avancer des généralisations  pareilles. Si on accepte ça, alors tout devient sacrificiel, inutile de s’informer, de se déplacer... on sait tout à l’avance, sans besoin d’interroger les protagonistes, le public… c’est le contraire d’une bonne anthropologie.  La tauromachie, par ailleurs,  est une création récente, lointaine de l’archaïsme du sacrifice sanglant  ».

Tout ceci est très pertinent, me dis-je. Et je pense avec tendresse à ces aficionados qui, naïvement,  voyaient dans le sacrifice un bel argument  pour anoblir leur passion*. Les autres interprétations de la tauromachie sont sans doute plus précises et plus respectueuses du point de vue des intéressés (voire même de celui du taureau, chez les interprètes les plus doués).

Cela dit, je revendique le droit d'attribuer à la lecture sacrificielle, non pas la place principale, mais une place quand même.  Je ne parle pas du sacrifice analysé par  Henri Hubert et Marcel Mauss,  Marcel Détienne et Jean-Pierre Vernant, Luc De Heusch etc. Je parle du sacrifice tel qu’il a été conceptualisé par René Girard.  Derrière le sacrifice, le lynchage. Le lynchage  et ses effets cathartiques.  Nier, pour la corrida, la légitimité des motivations  évoquées par ses défenseurs serait injuste et superficiel. Nier que la violence collective trouve dans le spectacle tauromachique un formidable moyen  pour s’exprimer et pour se dissiper (momentanément), est simplement hypocrite**.

* Un peu comme ces chasseurs, sur lesquels je reviens périodiquement, qui se prennent pour d'anciens druides protégeant l’environnement depuis la nuit des temps.

** Ce n'est qu'un moyen parmi d'autres, comme je l'explique dans Faut que ça saigne. Écologie, religion, sacrifice. Son principal défaut, comme pour la chasse à courre, c'est d'être trop explicite. Inutile donc d'accabler les toréadors et leur public. La logique sacrificielle hante aussi les détracteurs des spectacles sanglants.

vendredi 18 novembre 2022

Greenwashing ferroviaire

 



Quelle joie. De l’eau neuve dans le TGV. Elle n’est pas donnée,  2euros 70 les 33 cl., à savoir plus de 6 euros le 75 cl. Le prix d’une bouteille de Côtes du Rhône au supermarché.  Mais elle est neuve, naturelle* et de montagne -  comme le café de montagne qui, tout le monde le sait, a un goût plus corsé. Et l’emballage est 100% eco-responsable. C'est important de le préciser. Pendant que je la savoure le paysage français défile à toute vitesse sous mes yeux. Je me sens comme Pétrarque à Fontaine–de-Vaucluse : « Claires fraiches, douces eaux … ».

* Il faut se méfier de l'eau innaturelle, je le dis depuis toujours.

 

mercredi 16 novembre 2022

Chasseurs et toréadors : même combat ?


 


Le 24 novembre, j’y reviendrai, les députés français sont censés débattre autour d’une proposition de loi portant sur  l’abolition de la corrida. Je commenterai cet événement dans mes prochains billets. Pour l’instant, je me limite à constater que j’ai du mal à me positionner.  D’un côté, je comprends les opposants à la corrida, comme je comprends ceux qui s’opposent à la chasse à courre. D’un autre côté, je comprends ceux qui aiment et défendent ces deux pratiques.  Je ne me considère pas comme  un observateur super partes, ce serait trop facile.  Moi aussi j’ai des passions triviales.  Je viens d’acheter  de la viande de cerf, par exemple, que je m’apprête à mariner dans un bain de vin,  carottes,  céleri et parfums variés   (cet été j’ai cueilli  du genévrier dans le but explicite d'aromatiser mes daubes). Et  je suis content qu’il ne s’agisse pas d’un cerf d’élevage mais d’un cerf qui a été chassé.  Cela ne m’empêche pas de reconnaître le caractère troublant des entreprises chorales,  spectaculaires, de poursuite et de mise à mort des (autres) animaux.  Je pense que l'interdiction de ces activités qui perturbent une partie de l'opinion publique (la plus sensible? la plus morale? la plus évoluée?) ne serait en fait qu’un début. Et ça m’inquiète.

lundi 14 novembre 2022

L’appel du domestique (à propos des sangliers et de leurs préférences alimentaires)

 


 

Alors que nous glissons vers l’alimentation sauvage, les sangliers s’orientent vers le domestique. Un agriculteur de 92 ans, près de Mantova (Italie), est en fin de vie. Un sanglier l’a attaqué dans la cour de sa maison et lui a bouffé un bras, puis il est  passé aux jambes. À l’arrivée du fils de sa victime, le suidé a pris la fuite. On le cherche partout. Et si on parvenait à l'arraisonner ? Autrefois, sans mentionner les réactions les plus immédiates, on lui aurait peut-être fait un procès*, ou on l'aurait confié à un cirque (« Venez admirer le sanglier anthropophage …  attention à ne pas trop vous en approcher »). Aujourd’hui, notre sensibilité ayant progressé, il serait confié à un centre de réhabilitation pour sangliers borderline.

Cf, à ce sujet, Evans Edward P., (1906) 1987 The Criminal prosecution and Capital Punishment of Animals. The Lost History of Europe’s Animal Trials, London, Faber&Faber.

samedi 12 novembre 2022

Sylvophiles et sylvophobes. Faire de l’art dans les bois

 

 

Henrique Oliveira, Commun Root - Arte Sella, 2019

UE286 - Séminaire De l’humain animalisé au vivant humanisé

Lundi 14 novembre de 12h30 à 14h30, Campus Condorcet-Centre de colloques , Salle 3.06 , Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers 

 

Sergio Dalla Bernardina

Sylvophiles et sylvophobes. Faire de l’art dans les bois

Nous nous pencherons sur une évidence : dans leur théâtralité intrinsèque, les espaces naturels attirent les artistes contemporains. Les argumentaires et les rhétoriques varient, mais autour d’un  nombre restreint de motifs : celui du « dialogue avec la nature », par exemple. De quelle nature s’agit-il ? Souvent, d’une nature conventionnelle, générique, idéal-typique. Les tempêtes, incendies et autres catastrophes aident à préciser son identité.

jeudi 10 novembre 2022

Rewilding, greenwashing. La nature parle anglais

 

Manger sauvage, boire  sauvage … ce sont les plus gentils qui s’ensauvagent. Je ne plaisante pas. Si on cherche à s’ensauvager, aujourd’hui, c’est pour des questions morales. C’est pour se nourrir comme nos ancêtres préhistoriques, qui ne mangeaient que des animaux libres et fiers de l’être. C’est pour se  désaltérer la conscience tranquille, avec les fruits des vignes archétypales. Des vignes heureuses, traitées comme des partenaires et pleines de reconnaissance. 

Pour en savoir plus, il suffit de consulter l'ouvrage  suivant :

https://www.routledge.com/Rewilding-Food-and-the-Self-Critical-Conversations-from-Europe/Fournier-Dalgalarrondo/p/book/9781032152912  

Le rewilding est un thème émergent. Il passionne les chercheurs et a un grand futur devant lui. J’en reparlerai prochainement à propos d'un autre événement

 



mardi 8 novembre 2022

Les pêcheurs de la jetée (5) Épilogue écologiquement peu correct (mais joyeux)


 Paysage brestois (cliché de SDB)

(Suite et fin)

Bref, j’aime  l’atmosphère de la nouvelle jetée et le fait que les gens puissent y pêcher tranquillement, chacun à sa guise et avec ses motivations. J’aime bien que les gens puissent pêcher en général, chasser, et je dirais même braconner*.

Il y a une ambiance de complices dans ce no man’s land sur pilotis. Après, bien sûr, ça peut déplaire à certains. Les « amis du vivant » les plus intransigeants diront que ces adeptes de la prédation portent atteinte à la faune du port, que leur pratique est dangereuse (on s'assoit sur la rambarde, on se distrait ... et après qui paye le SAMU?), que les poissons sont bourrés de métaux lourds ... C'est qu'ils sont jaloux. En attendant qu’ils fassent installer des caméras pour surveiller la zone, et des éthylotests obligatoires pour trier les promeneurs, je multiplie mes déambulations. Le vivant est là, en train de pêcher et de pécher.

* Dans un sens très précis que j'explicite dans l'épilogue de l'ouvrage collectif  L'appel du sauvage. Refaire le monde dans les bois (Presses Universitaires de Rennes, 2016). Il s'intitule  :  « Éloge du braconnage ».

dimanche 6 novembre 2022

Les pêcheurs de la jetée (4). Effacer les traces ?


 

(Suite) Les anthropologues insistent beaucoup sur les précautions prises par les chasseurs-cueilleurs pour cacher les traces de leurs « animalicides ». Le sang du phoque sur la neige est une tâche criarde qu’il faut vite effacer. Les Pygmées aussi, de leur côté, cherchent à éliminer tout indice susceptible  d’attirer l’attention du Maître des animaux. Dans la jetée du port de Commerce les traces restent là, difficiles à laver : c’est l’ancre des seiches, preuve incontestable que quelque chose s’est passé. Quelque chose de quel genre ? De triste? De sale? D'utile? De normal? De joyeux? 

Quelque chose  de triste, de sale, d'utile, de normal et de  joyeux tout à la fois.

(À suivre).

vendredi 4 novembre 2022

Les pêcheurs de la jetée (3). Tu pêches? Moi aussi


 "Puis-je prendre une photo?" ." Allez-y". "Merci" . J'ai juste accentué  l'ambiance sépia.

(Suite) On pêche les mêmes poissons, sur la jetée, mais pour des raisons différentes. Je cherche à m’imaginer la vie de ceux qui comptent sur la capture d’un maquereau  ou d’une aiguillette, avec son long bec et son corps de serpent, pour assurer leur repas du soir. Ils semblent patients et concentrés, l’air nonchalant comme si leur nervosité éventuelle risquait de se transmettre aux poissons par le fil de la canne à pêche. Ils côtoient d’autres pêcheurs, à l’apparence tout aussi cool,  dont les objectifs, manifestement, sont d’ordre ludico-sportif.

mercredi 2 novembre 2022

La fête de tous les morts ou presque

 

 

Mercredi 2 novembre. En Italie, sans trop de détours, on dit « la fête des morts » (ils le méritent, de temps en temps). L’Église, je viens de le découvrir, l'appelle :  « La fête de tous les fidèles défunts ». Et les défunts infidèles alors ? Ben, les infidèles … qu’ils aillent se faire voir.

lundi 31 octobre 2022

Gaités parisiennes (autour des identités ethniques)

Henri de Toulouse- Lautrec (1864-1901). À La mie

Comme le rappelle Fredrik Barth, l’identité ethnique n’est pas substantielle. Il s'agit d'une construction sociale et on la construit par rapport aux autres*.

Je viens d’écouter une chanson qui dit : « Tu étais gai comme un Franchouillard quand il sait qu’il y aura de l’amour et du pinard ». C’est bien vu, je me dis, mais ça ne ratisse pas assez large.

* Ethnic Groups and Boundaries: The social organization of culture difference, 1969, Bergen/Oslo, Universitetsforlaget, Londres, George Allen & Uwin.

samedi 29 octobre 2022

Les pêcheurs.euses de la jetée (2). (Du poisson et du sang).

 

Pêcheuse à Brest (mon cliché)

(Suite) Sur la jetée il y a des femmes qui pêchent, ce qui ne devrait pas m’étonner. Même chez les chasseurs, proportionnellement, le nombre de femmes augmente. En les observant de loin, je pense néanmoins aux études d’Alain Testart  sur l'interdit de verser le sang imposé aux femmes dans les sociétés traditionnelles (il généralise beaucoup)*. Oui, mais tout ça est très loin, et le sang des poissons  ne se remarque pas trop. Sur le plan symbolique, de ce point de vue, on peut  hameçonner le palais d'une dorade sans enfreindre le tabou. Et le thon alors, qui teint de rouge, avec son sang copieux,  les surfaces marines  où il est traqué et harponné ?**

C’est vrai, le thon … et ben … pour confirmer le schéma proposé par Testart, il faudrait tomber sur la règle suivante : les femmes aussi  peuvent  pêcher le thon, mais au filet ***.

*Alain Testart, L’amazone et la cuisinière. Anthropologie de la division sexuelle du travail, Paris, Gallimard, 2014

** Pour ne pas parler des globicéphales. Dans mon billet du 6 mai 2021 je commente le traitement médiatique de leur pêche/spectacle dans les  îles Féroé,  qui attire tous les ans des centaines de journalistes à la fois joyeux (pour le « scoop ») et très indignés.

 ** Le monde change, certes, mais les grands schémas d’organisation de la pensée symbolique n’évoluent pas à la même vitesse, et c’est toujours amusant d'essayer leur pertinence ou leur inadéquation sur les nouvelles manifestations de la  contemporanéité.


(À suivre).

jeudi 27 octobre 2022

Les pêcheurs de la jetée (1)

 

 La jetée du port de Commerce. J'ai pris cette photo il y a une semaine

 

Brest. On pêche, sur la jetée.  Et on y pêche même un peu plus que d’habitude, il me semble. Pourquoi ?  La crise économique ? L’envie de plein air  qui fait suite au Covid ? La typologie des pêcheurs est très disparate. Pêcheurs de vieille date, habitués du port. Pêcheurs sportifs. Pêcheurs moins sportifs en voie de clochardisation. Étudiants.  Adeptes de la décroissance et de l’autarcie alimentaire. Immigrés tout récents. Il y a quelques femmes. Et même – ce qui m’étonne un peu - des femmes voilées. L’ambiance est sereine, on dirait.

(À suivre).

mardi 25 octobre 2022

La nature sauvage, ses clients et ses protecteurs

Raphaël Juan-Bouysset, Conservateur de la Bibliothèque de Maisons-Laffitte, et moi même

 

Victor Segalen détestait les romanciers « exotisants » qui, à son époque, géraient le discours sur l’altérité. En leur reprochant  de brader l’altérité, il  les appelait les Proxénètes de la Sensation du Divers.

Aujourd’hui, au nom de la protection du vivant et du développement durable, on invite les gens, même ceux qui n’éprouveraient spontanément  aucun attrait pour le « sauvage »,  à se rendre dans les bois pour faire du bien (sauver des animaux qui n’ont rien demandé, surprendre les cerfs dans leur intimité, simuler le dialogue avec les ours et les loups, se féliciter avec les aigles, encourager les gypaètes,  consoler les chauves-souris …). Incités à la consommation de masse des espaces verts, les destinataires  de cette propagande (une propagande ambigüe, éthico-scientifico-sportivo-commerciale), quittent les villes et se dispersent dans le Wild. Ce faisant, ils profanent la nature qu’ils croient sanctifier.

Pour ces raisons, je suggère de  qualifier leurs instigateurs,  les actuels détenteurs du discours légitime sur le rapport au « sauvage », de Proxénètes du Sentiment de la Nature.

J’en parlais déjà dans L’utopie de la nature, chasseurs, écologistes, touristes (IMAGO, 1996 - tiré de ma thèse qui s’appelait : La nature sauvage et ses consommateurs : des stéréotypes du récit de chasse aux lieux communs de la prose écologiste).

J’ai repris ce thème tout récemment et je le développe  dans le cadre d’une conférence à la bibliothèque de Maison-Laffitte. Voici le lien : 

https://www.youtube.com/watch?v=lWEg_cW7oxo

dimanche 23 octobre 2022

Birds (autour de la « zoopoétique »)

 


Vol d'étourneaux  (17 Novembre 2020 mon cliché) 
 
Je regarde une poule, je me laisse transporter et, pendant un moment, je le deviens. Ah non, si c'est comme ça, alors il vaut mieux que je regarde autre chose. Un albatros, par exemple, ou un rossignol.

L’année passée, dans notre séminaire qui va bientôt redémarrer, Anne Simon nous a parlé de la zoopoétique : « Les vivants sont tous "empêtrés dans des histoires". Récusant une pensée de la disjonction irrémédiable entre le langage et la vie, la zoopoétique restitue la diversité des actions et des comportements qui engagent les bêtes, de la plus infime à la  plus impressionnante, de la plus familière à la plus étrangère, dans des formes multiples d’expressivité. Les bêtes, charnelles et réelles, non l’animal». *

C’est le rêve des anthropologues, finalement :  restituer l’expérience du Divers, comme le dirait Victor Segalen**,  dans son immédiateté. Le mouvement de l’Autre, son style, sa manière d’être au monde organisent mes émotions, rythment mes phrases,  instruisent mon vocabulaire.

J’ai trouvé un exemple admirable de zoopoétique  chez Luigi Trucillo, un poète italien. Sa collection de poèmes qui s’appelle Birds*** est une sorte d’arche de Noé pour ornithologues. Toute l'avifaune  y est représentée ou presque, de l’oiseau du Paradis (Diphyllodes respublica) à l’humble moineau de trottoir (Passer domesticus), de la Sterne de Forster (Sterna forsteri) à l’alouette (Alauda arvensis), du  Boeing à Titti.

Voici juste deux courts  exemples que je ne prétends pas traduire. Au lecteur français le plaisir du décryptage :

Chardonneret (Carduelis carduelis)

Sul cedro

la nota che sale

dal petto

sconfina in un nuovo territorio :

i suoni rubati

per l’apprendimento del canto

cristallizzano la corteccia del cervello

come un sussurro arboreo.

°°°°°°

Stormo

Onde di movimento.

Direzioni e distanze imitate

in un millesimo

Sprazzi improvvisi

come le maglie interagenti della rete

di una mente collettiva

Insight delle molecole …

 

*Anne Simon, Une bête entre les lignes. Essai de zoopoétique, Paris, Wildproject, 2021, p. 63

** Un Divers qui ne l'est pas tant  que ça, finalement,  

*** Luigi Trucillo, Birds, Macerata, Giometti & Antonello, 2022

vendredi 21 octobre 2022

Chasse et ruralité (serrons-nous la main).

 


Je ne me lasserai jamais de le rappeler, je n’ai rien contre les chasseurs, loin de là. Cela ne m’empêche pas de remarquer chez leurs représentants, comme le dirait Lucien Lévy-Bruhl, une certaine résistance au principe de non-contradiction.  Je lis un article dans la revue Chassons consacré à Willy Schraen (président de la Fédération Nationale des Chasseurs que je trouve encore  plus fabuleux que Gaston Fébus). Il s'est déplacé dans le Sud, je cite, « pour soutenir les six ruraux, dont Jean-Luc Fernandez, président de la Fédération Départementale des Chasseurs de l’Ariège (FDC 09), qui étaient jugés par le tribunal judiciaire pour s’être opposés aux extrémistes écolos et aux associations pro-ours en mai 2018 ».

« Si le patron des chasseurs a tout d’abord souligné l’absurdité des poursuites à l’encontre de ces six ruraux qui n’ont fait que défendre pacifiquement leurs convictions « dans un pays où l’on sort plus facilement une kalashnikov qu’une main de sa poche pour en serrer une autre », il a tenu à affirmer les liens « familiaux » qui unissent les acteurs de la ruralité dans la défense de nos valeurs et de nos traditions ».

 

L’article est entouré par une image publicitaire qui nous montre un chasseur tout à fait différent des personnages joviaux,  garants des traditions ancestrales, de « nos valeurs » et de la ruralité, défendus par Shraen. Pour en savoir plus, je clique sur l’icône publicitaire sur la droite. Voilà ce qui apparaît : 

 

Ce n’est pas un kalashnikov, c’est vrai.   Ça doit être le fusil du père de Marcel Pagnol pour la chasse aux bartavelles.

mercredi 19 octobre 2022

Vive la cause (la cause c’est moi et je vaux bien un van Gogh)

 


Un des invités du séminaire De l’humain animalisé à l’animal humanisé qui débutera le 14 novembre prochain, nous parlera de la notion de « vivant ». J’y pense à propos d’une phrase que j’ai lue tout récemment je ne sais plus où : «  Notre pays crève d’être géré par des gens qui ne comprennent rien, mais vraiment rien, au vivant ». Dans sa solennité, cette formule  peut paraitre prétentieuse (son auteur semble se prendre pour  Darwin, ou pour le Maître des animaux) mais elle n’est pas inintéressante. Elle nous rappelle que la notion de « vivant » est complexe et que, en son nom, on peut dire et faire pas mal de bêtises.  C’est au nom du vivant, par exemple, que des jeunes doués d'un remarquable sens de la communication ont porté atteinte aux Tournesols de van Gogh. Une belle trouvaille publicitaire, au bout du compte, vu que l'œuvre, protégée par une vitre, n'a subi aucune dégradation. Ce qui inquiète, est la réaction de ceux qui ont manifesté leur enthousiasme tout en pensant que le tableau avait vraiment été endommagé. Une attitude de Taliban, m'a-t-on fait noter. Je partage ce point de vue.  

dimanche 16 octobre 2022

Biodiversité et développement durable


Peut-on dire d’une plante qu’elle est glauque ? On a le droit,  mais  c’est  discriminatoire. Autre question : est-ce le contexte qui rend glauque une plante ou la plante qui rend glauque le contexte ? J’y pense à un arrêt de train, dans la banlieue parisienne, en regardant des buddleias en train de proliférer. Comme je le documentais dans mon billet du 24 août elles se répandent partout, même dans les hauteurs alpines.

Ce n’est pas bon pour la biodiversité mais c’est du  développement durable.

vendredi 14 octobre 2022

Cannibalismes d’hier et d’aujourd’hui

 

Giuseppe Arcimboldo, L"automne (1753)

 

On n’arrête pas le progrès. J’ai lu dans le Corriere della Sera  que prochainement, aux États-Unis, on aura le droit de disperser les cendres de ses proches sur le potager en guise de fertilisant.  C'est un bel exemple d'économie circulaire, et en plus c’est BIO.

mercredi 12 octobre 2022

Mon caniche est plus standard que le tien. Eugénisme et tauromachie

 


 

Je tombe sur un entretien qui circule sur Twitter : d’un côté  Madame Anne Stambach-Terrenoir, Députée de la 2e circonscription de Haute-Garonne (La France insoumise), de l’autre Frédéric Saumade, anthropologue spécialiste de la tauromachie.  Pour mettre la corrida en perspective, Saumade cherche à rappeler l’existence d’autres formes de violence, moins visibles,  inhérentes à la domestication.  « Toute forme d’exploitation de l’animal est douloureuse, dit-il. Pour dresser un cheval il faut bien lui faire mal ». Et après il évoque un aspect qui échappe à la perception courante (nos avons tendance à refouler ce qui nous dérange) : « Mais également … les petits caniches d’appartement des gens qui sont parfois des militants de l’abolition des corridas, ils sont eux mêmes … ils sont enfermés, déjà.  Et puis, en suite,  pour sélectionner, il faut bien sélectionner des races qui donnent les chiens en question, et pour sélectionner il faut éliminer, il faut tuer les animaux qui dans les portées ne correspondent pas ». 

Certes, l'arrière-plan macabre qui ternit la joie de posséder un caniche ( un  « rescapé », donc ) ne justifie pas la corrida. Et les deux réalités ne sont pas comparables : d’un côté on élimine des bestioles en cachette tout en regrettant, éventuellement, cette triste nécessité. De l’autre on met la mort au premier plan et on la savoure*. Ce n’est pas comparable, mais rappeler ces deux manières de se rapporter à la mort animale n’est pas inintéressant**.

 

* Je simplifie, bien entendu, en reprenant les arguments des opposants à cette pratique controversée.  On savoure une mise à mort comme chez les amateurs de documentaires sanglants  consacrés à la vie des grands prédateurs. Sur l'ambiguïté des motivations des "dénonciateurs de violence" je renvoie à mon article : « Le show animalitaire, mises en scène de la souffrance animale », in (sous la direction d’Emmanuel Pedler et Jacques Cheyronnaud). La forme spectacle, Paris, 2018, Editions de l’EHESS,  https://books.openedition.org/editionsehess/21551?lang=fr

**Cela dit, pour être franc, je n’ai aucune envie d’assister à une corrida.


 


lundi 10 octobre 2022

Cherchez la femme (autour des frontières ontologiques et de leur porosité).


 

Pierre Klossowski. Diane et Actéon (Détail).*

 

Un des thèmes qui traversent l’ensemble de mes études sur la chasse, et ceci depuis mon premier article, est celui de la proie anthropomorphisée. La chasse comme conquête/mise à mort d’un Autre déguisé en animal.  Dans L’utopie de la nature je cite Hemingway qui compare l'antilope qu'il vient de tuer à une danseuse. Une danseuse qui n'a pas de pattes, bien évidemment, mais des jambes**. Dans les récits de chasse et dans les témoignages iconographiques, l'association mâle=rival, femelle=femme est assez fréquente***.  J’en ai trouvé un exemple tout frais dans les propos d’un responsable de la gestion faunistique dans les Alpes Orientales. « Nous devrons augmenter les prélèvements des cerfs », déclare-t-il, « le pourcentage des abattages de cette saison est bon, mais selon les premières données que nous avons recueillies il semble que nous devrons augmenter les prélèvements de femmes et de petits. Il faut protéger les mâles parce que les adultes sont peu nombreux »****. Il dit bien « femmes » et non pas « femelles ». Un lapsus, certes, renvoyant à  un imaginaire qui va bien au-delà de l’univers des chasseurs.

 

* Le cerf et, sur le fond, le Cervin.

** L’utopie de la nature. Chasseurs, écologistes, touristes, Paris, Imago, 1996.

*** Plus récemment, j’ai abordé cette problématique dans : "Sur qui tire le chasseur ? Jouissances dans les bois", Terrain n. 67, pp. 168-185, 2017

**** https://corrierealpi.gelocal.it/belluno/cronaca/2020/02/10/news/triplicato-il-numero-di-cervi-e-caprioli-1.38447411. L'auteur du lapsus pourrait être le journaliste, par ailleurs  ...
«Dovremo aumentare i prelievi del cervo» (…). «La percentuale di abbattimenti di questa stagione venatoria è buona, ma dai primi dati che abbiamo sembra dovremo aumentare i prelievi di donne e cuccioli. I maschi vanno tutelati perché quelli adulti sono pochi» :