
J’hésite à rédiger ce post. C’est
le millième. Je mesure toute l’absurdité de mon entreprise. Mille posts pour
dire quoi? Toujours la même chose ou presque. Et si je cherche
à la synthétiser, cette chose, je
n’y arrive même pas. Je ne fais que critiquer mon prochain, à l’instar de ces retraités
que je croisais à Milan lorsque j’étais étudiant. Ils se rassemblaient dans la
Piazza del Duomo à l’heure de l’apéritif, un verre de rabarbaro Zucca à la main*,
pour maudire le gouvernement : « Piove,
Governo ladro », dit-on en Italie (« Il pleut, Gouvernement voleur
… »). Dans mon blog tout prétexte est bon pour accabler n’importe qui : les animalistes, les
philanthropes, les chasseurs, les patriotes, les propriétaires de pitbulls, les
amis des ours et des loups, les végétariens, les militaires, les politiciens,
les fascistes, les tifosi, les tenants de la théorie des archétypes, les touristes, les
créationnistes, les fans de Johnny Halliday, les
soigneurs de taupes, les châtreurs de chats … J’en ai pour
tout le monde comme si j’étais moins contradictoire, moins lâche, moins
sordide que les autres. Et à quel titre ? Est-ce pour défendre la cause
animale ? Sûrement pas. Cela fait un moment, désormais, que je n’ai plus d’animaux. Juste ce goéland qui, de façon tout à fait illégale,
reçoit trois fois par jour quelque chose à grignoter. On familiarise un peu, en
attendant que la prochaine grippe aviaire le rende infréquentable. Et on se scrute
avec méfiance : « Regarde-toi, je lui dis, tu es en train de grossir.
Tu n’as pas honte de mendier comme ça, alors que tes copains gagnent
honnêtement leur vie ? ». Je lui
file quelques résidus et je ferme la fenêtre attendri et fier de ma prodigalité. L’autre jour je crois qu’il a parlé. Je l'ai entendu dire : « Sales
bourgeois ! ».
* Vermouth à base de rhubarbe,