vendredi 13 novembre 2020

Un chasseur parmi les "Grands hommes" au Panthéon*

 


Genevoix entre au Panthéon et, par son biais,  Raboliot, braconnier exemplaire. C’est le retour du refoulé : on chasse le chasseur par la porte, il revient par la fenêtre.

* Il s’agit d’une combine, c’est sûr. 

mercredi 11 novembre 2020

Les traumatismes chez les chiens et comment les soigner. (Encore autour des frontières ontologiques)

Aujourd’hui je devrais parler de Curtis et des positions de plus en plus acrobatiques  prises  par ses défenseurs (comme la fondation Brigitte Bardot, par exemple). Pour l’instant je n’en ai pas trop l’envie,  ça viendra bientôt. Pour rester dans le thème, je me limite à rapporter cette nouvelle parue dans le  Corriere della sera du 10 novembre.

“Un pitbull mord une jeune fille : « Il est dangereux, il doit aller chez un psychologue pour chiens ». L’animal s’est échappé du jardin. La Ats Brianza*  a émis une ordonnance qui impose aux propriétaires de soumettre [le chien qui a mordu] à une thérapie comportementale pratiquée par un vétérinaire expérimenté.

Morale : ce n’est pas la jeune fille qui, après avoir subi les morsures du quadrupède,  a besoin d’un psychologue, c’est le chien**.”

On pourrait imaginer  d’autres solutions pédagogiques (pas de dessert pendant deux semaines, par exemple ...   inéligibilité et, en cas de récidive, excommunication). J’accepte d’autres propositions. 

* Agenzia di Tutela della Salute – Agence de Tutelle de la Santé.

** C’est cruel, je sais, et j’ai honte de moi, mais dans un premier temps, pris par l’émotion, je me suis dit : « Ce n’est pas chez le psychologue, qu’il faudrait amener ce chien,  mais chez le taxidermiste ».

dimanche 8 novembre 2020

Les gentils ont gagné (à propos de la victoire de Joe Biden)

 


Les jardins de la Maison blanche en attente de leurs nouveaux arpenteurs

Joe  Biden a gagné et je suis vraiment heureux, soulagé, comme si on avait évité la catastrophe.  En faisant de l’introspection, je constate que je suis fier d’être du bon côté*. Il me manque juste de devenir végétarien pour approcher de la perfection.

* Question subsidiaire : y a-t-il des « Trumpistes » chez les amis des animaux ?  J’aimerais bien le savoir. Zoophiles trumpistes,  montrez votre fair play, exprimez officiellement  votre chagrin.

vendredi 6 novembre 2020

Faut-il jeter Frazer avec l'eau du bain?

 

Voici une page de publicité pour annoncer le démarrage, à l'EHESS,  du séminaire « De l’humain animalisé au vivant humanisé » et sa première séance : 

UE446 - De l’humain animalisé au vivant humanisé (deuxième année : risques et avantages de la proximité ontologique)

Ce séminaire poursuit la réflexion entamée l’année passée sur le statut fluctuant des  frontières ontologiques. L’anthropologie contemporaine s’intéresse de plus en plus aux  rapports interlocutoires que nous entretenons avec les non-humains. Des études importantes ont montré la centralité de ces négociations dans les sociétés que l’on qualifiait autrefois de « traditionnelles » et que l’on appelle aujourd’hui « non-modernes » (négociations explicites et continues,  institutionnalisées par les rites et  par les mythes). L’écologie et l’éthologie, de leur côté, donnent des bases scientifiques à l’idée que les non-humains (animaux et même végétaux), constituent des interlocuteurs de plein droit, avec des capacités sensorielles et cognitives qui les élèvent bien au-delà du  simple rang d’objet. La convergence de ces deux regards alimente aujourd’hui une vaste gamme de recherches visant à dénicher, dans notre histoire mais également dans les mailles de la  contemporanéité, des attitudes et des conceptions de type  « animiste », « analogiste », « totémique », pour employer le vocabulaire de Philippe  Descola.  Une partie de ce séminaire a pour but de faire le point sur l’état actuel de la réflexion par des exemples ethnographiques et historiques. Une autre partie, plus « pragmatique », abordera  la question des fonctions symboliques, psychologiques et sociales assurées par la reconnaissance de proximité (et parfois même d’« humanité ») dont bénéficie aujourd’hui, à des degrés différents, l’immense famille des non-humains. 

 Lundi 9 novembre à 15h

Séance assurée par Sergio Dalla Bernardina.

Faut-il jeter James  George Frazer avec l’eau du bain ? 

L’anthropologie contemporaine nous a appris à bien différencier  les conceptions des frontières interspécifiques propres à chaque culture : le statut ontologique d’une charolaise « Label Rouge » destinée aux présentoirs de Monoprix n’a pas grand chose à voir avec celui d’une vache élevée comme un membre de la famille chez les Nuer. Même les pionniers des sciences humaines et sociales s’intéressaient  aux différences. Ils adoraient les collectionner, d’ailleurs (que l’on songe à la profusion d’usages disparates recueillis par Frazer dans le Rameau d’or). Mais c’était pour repérer, derrière ces différences, des dynamiques d’ordre général.  Y aurait-il moyen de recycler le regard « universaliste » des pères fondateurs sans tomber dans le passéisme ?

mercredi 4 novembre 2020

Dogs forbidden (à propos des élections américaines)

Photo empruntée à un article en ligne de RTL* 

Ce matin je suis particulièrement inquiet. La campagne lancée par Joe Biden (#DogsForBiden) semble ne pas donner les résultats espérés. C’est à cause du berger allemand, je crains. Tout le monde sait qu’un bon président de la République doit choisir un Labrador. 


* https://www.rtl.fr/actu/international/videos-presidentielle-usa-joe-biden-joue-la-carte-canine-pour-battre-donald-trump-7800885038

 

lundi 2 novembre 2020

L’assassinat de Samuel Paty et ses commanditaires


J’évoque une évidence : ce qui rend doublement atroce  l’assassinat de Samuel Paty est la scénographie choisie par son bourreau. Dans l’esprit de ce « justicier » il s’agissait d’un geste religieux, d’une « immolation ». Même le carnage perpétré dans la rédaction de Charlie Hebdo, se réclamant d’un mandat transcendant et invoquant, dans l’action, le nom du « mandataire »,  se voulait  « sacrificiel ».

Dans Faut qu’ça saigne,  je résume ainsi le fonctionnement du dispositif sacrificiel tel qu'il est décrit par René Girard : 

« L’imagination mythique représente la crise mimétique comme une stagnation, une épidémie ou une punition venant sanctionner l’impureté qui affecte la communauté. Comment la neutraliser ? Comment endiguer la violence qui s’emballe fatalement, avec la vitesse d’un effet Larsen, au sein de la famille, du groupe, du village ? En la projetant sur la cause prétendue de cette impureté, qui dès lors devient le bouc émissaire. L’ exemple paradigmatique est le rite du pharmakos, dans la Grèce ancienne »*.

Freud, portant l’accent sur les motivations inconscientes du tueur, verrait les choses autrement : « Le mandataire du meurtre,  cher assassin, n'est pas le Dieu dont tu te réclames. Derrière toi il n’y a personne : tu es un  ventriloque ».

*Faut qu'ça saigne. Écologie, religion, sacrifice, Éditions Dépaysage, 2020

samedi 31 octobre 2020

Une présence dans les bois



La présence en question

J’ai passé quelques jours dans les bois et ramassé des champignons. Il n’y avait personne. Jeudi, j’ai entendu les cors de chasse et les aboiements des chiens. C’est toujours comme ça, à cette époque. Ils ne venaient pas dans ma direction. J’étais un intrus et je le savais très bien.  Pas de quoi faire un esclandre. Pas de quoi incommoder le Président de la République. J’ai attendu patiemment sans trop bouger  en me disant : « Maintenant je vais me faire gronder ».  Après les coups de feu qui ont mis fin à la poursuite du gibier,  j’ai repris ma quête. « Et si j’étais rejoint par une balle perdue ? Ce serait tragicomique*. Ce qui est sûr, c’est que ça attirerait l’attention sur mon blog ». Du coup je me suis aperçu que je n’étais pas seul. Tout près de moi, dans le vert foncé de la mousse, une chenille conduisait son existence parallèle.  Elle brillait singulièrement, dans les teints opaques du crépuscule, comme si elle était phosphorescente. On aurait dit une apparition.

.* Il passait son temps à étudier le monde des chasseurs, voilà le résultat …

lundi 26 octobre 2020

Castrare humanum est

 

Tant que l’on se limite aux chiens … . Oui,  parce que dans le passé, pour une raison ou pour l’autre, nous avons ratissé plus large. Dans la mesure où même les chiens, désormais, sont devenus des "personnes", peut-on les stériliser sans leur consentement? 

Je fais le crétin, bien entendu, mais c’est pour signaler l’état  de passivité  dans lequel nous recevons, sans réagir, ces informations ubuesques*. Aurions-nous fait l’objet d’un étourdissement préalable ? Il y aurait pourtant de quoi débattre.

* On se déplace en Afghanistan pour  châtrer 7.000 chiens.

samedi 24 octobre 2020

Maurice revient


Maurice 

- Regarde, Maurice est revenu.

- T’es sûr qu’il s’appelle Maurice ?

- Ben, non. (Rire).

- Enfin, je voulais dire :  t'es sûr que c’est le même que l’année passée ?

mercredi 21 octobre 2020

Où est passée la violence d'antan? (2 et fin)

 


 

Photo empruntée à : https://www.lavocedeltrentino.it/2020/06/25/abbattimento-orso-insorgono-le-associazioni-animaliste

En 2019 l’ours M49 a été protagoniste de 44 attaques : 26 étables, 11 ruches, 7 maisons. Il a dépecé 13 vaches ,  7 chevaux,  17 moutons et chèvres,  3 poules, tout en blessant d’autres animaux dans la province de Trento. De quoi mettre de l’ambiance dans la verdure monotone  des vallées alpines.

Dans mon post du 17 octobre je parlais de l’ambiguïté des appels au progrès moral  qui nourrissent le débat animalitaire. Si j’insiste comme un obsédé sur ce point, c’est que, bien que les enjeux soient primordiaux (la respectabilité du citoyen, sa légitimité sociale,  son « rang »)*, cette ambiguïté fait l’objet d’un refoulement collectif **.  Le raisonnement est pourtant très simple :  où est passée la violence qui trouvait son expression dans la chasse, dans la corrida et dans les autres folk games qui avaient pour victimes des bêtes innocentes ?  Elle n’a pas disparu, elle s’est juste déplacée. Elle prend la forme d’un lynchage moral à l’adresse des catégories qui n’ont pas intégré le nouveau paradigme (les catégories qui continuent de pratiquer la mise à mort des animaux sans la déléguer aux autres***).  Elle joue sur l’indignation pour disséminer partout des images sanglantes qui restaient associées, autrefois, à des lieux et à des moments spécifiques.  Elle s’exprime – et c’est encore par délégation - dans l’action des grands prédateurs qui font couler le  sang dans des circonstances éthiquement irréprochables.

Dans Faut qu’ça saigne j’écris :

« Mais si cette saignée périodique de bêtes innocentes remplit des fonctions pharmacologiques, peut-on vraiment s’en priver ? Peut-on renoncer à l’efficacité symbolique assurée par un « vrai mort », un mort en chair et en os, pour se contenter de sa copie ? En d’ autres termes, comment conserver le rôle cathartique du massacre des innocents assuré par les chasseurs sans octroyer à ces derniers le droit de tuer ? Rien de plus simple : en déléguant à d’ autres la fonction sacrificielle »****.

* La  facilité avec laquelle  n’importe quel « zoophile » improvisé  peut  aujourd'hui délégitimer des personnes parfaitement raisonnables  en les qualifiant de « stupides » et d’ « arriérés »   pose des questions éthiques  qu’il serait temps  de débattre.

** Je rappelle l’existence, à côté des enjeux animalitaires, d’enjeux personnels, de pouvoir ou économiques, dont les animaux ne sont que le prétexte.

*** Celles qui ne cachent pas le drame objectif de la mort animale en le réduisant à une question de « bonne » et de « mauvaise » mort.

**** Faut qu'ça saigne. Écologie, religion, sacrifice, Éditions Dépaysage, 2020. L’insistance sur cette ambiguïté, à l’époque où l’amour pour les animaux est devenu un devoir et un status symbol,  rend  ce livre imprésentable ou, plus précisément,   « immonde » au sens étymologique.

mardi 20 octobre 2020

Pas en mon nom (autour d’une publicité pour le confit de canard)

Vieille carte postale. Franche dans ses rapprochements (le magret et le canard),  elle serait   aujourd'hui inconcevable

Ces derniers temps j’entends à la radio une publicité déconcertante invitant à la consommation du confit de canard*. Lorsque je l’écoute, j’ai honte de moi. J’ai honte de défendre dans mon blog les "carnivores" dont je fais partie, les éleveurs (je ne les défends pas toujours, la catégorie est très bigarrée), voire même les chasseurs**. Si manger des animaux nous assimile au personnage dégoûtant représenté dans cette pub, il ne nous reste qu’un choix : le végétarisme radical.

Peut-on être un réactionnaire obtus et aimer passionnément les animaux ? Les exemples, même célèbres,  ne manquent pas.  Peut-on ne pas être un réactionnaire obtus et continuer à manger des animaux ? Les antispécistes d’un côté, ceux qui ont financé cette publicité de l’autre, semblent nous dire que non.

En surfant sur le net, je me suis aperçu que je ne suis pas le seul à éprouver ce sentiment. https://mediateur.radiofrance.fr/non-classe/42-publicite-pour-le-confit-de-canard/

*J'aime bien le confit de canard.

** Qui n’ont rien à voir avec les canards en question, bien évidemment.

dimanche 18 octobre 2020

L’antidote du fanatisme religieux ? La psychanalyse.

 

Quelqu'un aurait bien aimé lui couper la tête

Dans un cadre officiel je présenterais les choses différemment (en replaçant l’événement dans son cadre sociologique, politique, religieux).  Je dirais ici – c’est la première idée qui me vient à l’esprit -  que l'assassin  de Samuel Paty et ses "supporters" * profitent de la divinité dont ils se réclament (peu importe que ce soit celle-ci ou celle-là), pour assouvir leur désir  de couper la tête de quelqu’un**.

* Qui ne sont pas tous Musulmans : j'ai entendu déclarer à plusieurs reprises que "Les rédacteurs de Charlie, en tout cas, étaient allés trop loin ...". 

** Plus on admire ce "quelqu'un", plus on le craint et on le jalouse, plus on a envie de lui couper la tête.

samedi 17 octobre 2020

Où est passée la violence d'antan? (1 sur 2 voire 3)

 

Tweet de l'association PETA apprenant l'éthologie (et la sensibilité) aux éleveurs

On m’a fait remarquer le caractère monocorde  de mes dernières interventions. Je dois me justifier. Il provient de mes rapports avec Twitter. En fait, pour suivre de près le débat sur le bien être animal,  je me suis abonné  aux comptes des associations  les plus représentatives. Depuis, je suis  inondé par des communiqués incitant au progrès moral et à la bonté (personne ne me l’avait demandé, c’est vrai).  Je finis ainsi par confondre  la fréquence de ces messages sur mon compte Twitter avec leur fréquence dans le monde réel (qui reste néanmoins considérable).

Le problème de ces communiqués est que, à côté des propos humanitaires, ils contiennent souvent des incitations à la haine. On  peut comprendre la haine de l’animaliste à l’égard des chasseurs et des bouchers. Mais la stigmatisation porte sur beaucoup d’autres catégories.  N’importe quel  propriétaire d’un quadrupède d’appartement*, aujourd’hui,  se croit en droit de donner des leçons d'éthique animale aux éleveurs ** (à suivre).

* Il ne faudrait pas que je l'appelle comme ça, je sais, et je lui demande pardon. C'est que "non-humain" est trop générique et "non-bipède" prête aussi à confusion. Mes excuses aussi auprès de ceux que je qualifie ici   de  « propriétaires »,  alors qu’ils  sont en fait des amis,   des interlocuteurs.

** Pour ne pas parler des vivisecteurs et des Musulmans.

jeudi 15 octobre 2020

Bref épisode néocolonial

 

 

C’était dans les Alpes, cet été. Je faisais la queue pour acheter une portion de friture (ils viennent tous les samedis de la lagune de Venise,   et les autochtones apprécient). Mon regard est tombé sur une anguille. Elle bougeait lentement dans une cage en plastique. C’était pour montrer qu’elle était  fraiche et « bien vivante »*.  Quels barbares, me suis-je dit, ils n’ont pas encore réalisé que ce genre de choses, aujourd’hui, doivent rester cachées. J’aurais voulu leur donner mon conseil, mais ils m’auraient répondu avec des mots dialectaux que je n’aurais sûrement pas compris **.

* Avant de mourir, effectivement, les animaux sont vivants. Et ce n’est pas Monsieur de la Palice qui dirait le contraire.

** C’est typique de ces gens arriérés qui ont un besoin urgent d’un éducateur. 

mardi 13 octobre 2020

Les Nouveaux curés. Animalisme et pouvoir

 


Face au "désenchantement du monde" annoncé par Max Weber et étudié en profondeur par Marcel Gauchet* nous sommes tiraillés. D'un côté nous regrettons  le déclin de la spiritualité, l’émergence de l’individualisme, de l’éthique marchande, du capitalisme... ** 

D’un autre côté, nous sommes heureux d’avoir laissé derrière nous le sentiment de culpabilité associé à la tradition  judéo-chrétienne. À notre époque, tant bien que mal, nous pouvons nous livrer aux plaisirs de la chair l’esprit dégagé. Nous pouvons « consommer » sans en avoir honte,  sans que le curé, ou autre porteur de la bonne nouvelle,  vienne jeter un coup d’œil dans notre lit. Ça libère, ça restitue à notre existence une partie de sa naturalité.

Pour cette raison, je trouve inacceptable que les membres du mouvement L214, les animalistes, et autres remplaçants des anciens moralisateurs**, prétendent  faire du prosélytisme dans les écoles. Cela reviendrait à déstabiliser les écoliers en générant chez eux des sentiments de culpabilité d'un genre nouveau ***, avec les troubles psychiques et alimentaires que cela impliquerait.

Une fois le doute sur le  régime carnivore installé ("Est-ce bien ou est-ce mal?"), qui gérerait leurs angoisses ? Les nouveaux ministres du culte, bien évidemment, les "Nouveaux curés". Derrière le discours sur le rapport aux animaux - j’insiste - se cachent des enjeux de pouvoir (pouvoir sur les consciences, pouvoir sur les êtres), dont « nos amis les bêtes » ne sont souvent qu’un prétexte.

Inutile de préciser que  je trouve tout aussi inadmissible la prétention des chasseurs (ainsi que celles des lobbies de la viande, du sucre et du lait) de  faire leur  propagande dans les écoles. Je suis d'ailleurs étonné que le Gouvernement français puisse le tolérer.

  * Et mis en caricature par Michel Maffésoli.

 ** Le religieux n'est pas mort pour autant, il s'est juste déplacé. J'aborde ce thème dans   Faut qu’ça saigne. L'amour de la nature, entre écologie et religion, Éditions Dépaysage, 2020

*** L'interdit se déplaçant des "plaisirs de la chair" aux "plaisirs de la viande" - et le regard indigné  du  censeur, de notre lit à notre assiette.

****Des anciens gestionnaires de l'autorité morale.

 

 


 

vendredi 9 octobre 2020

Qui est le nul ? À propos des chasses traditionnelles

 

Oiseleurs de la province de Trente. Image tirée de mon article : "Phénoménologie d’un piège végétal : le roccolo" https://www.cairn.info/revue-cahiers-d-anthropologie-sociale-2013-1-page-16.html

 

J’ai consacré une partie importante de mes recherches au monde de la chasse.  Je crois pouvoir confirmer  que les chasseurs du dimanche, les tueurs de faisans d’élevage caricaturés par les écologistes, les machos fascistoïdes qui profitent de la chasse pour sortir armés, les sadiques qui tirent sur des chats domestiques*,  les ignares qui ne sauraient pas distinguer  une caille d’un perdreau mais qui se gargarisent  en parlant de tradition, de nature et de biodiversité, existent bel et bien.  Ils sont même nombreux. Ils ont toujours méprisé les chasses traditionnelles** présentées pendant très longtemps, dans la presse du secteur, comme des chasses de « plouc » et de « braconnier ». Chasses « cruelles ».

De leur côté, les adeptes des chasses dites traditionnelles - dont l’efficacité est directement proportionnelle aux compétences naturalistes*** - ont toujours considéré ces "pistoleros" comme des amateurs.

* « Domestiques ? On ne sait jamais, allons vérifier … »

** Sauf, peut-être la chasse à courre, dont ils sont jaloux. Par "chasses traditionnelles" j'entends ici la chasse aux petits oiseaux, le piégeage et autres formes de capture n'impliquant pas forcément l'utilisation d'une arme à feu.

*** Leur approche est une approche « holiste » : il faut connaître le « système nature », à savoir le « tout environnemental», pour attraper quelque chose.

mardi 6 octobre 2020

Empathie : peut-on ne pas aimer les animaux ?

 

A-t-on le droit de ne pas aimer la nature? Oui, mais c’est devenu presque honteux. Chez les intellectuels engagés que j’admirais à 18 ans, en revanche, aimer la nature était qualifié de “vitalisme petit-bourgeois”. Le camarade sérieux n’aimait pas la nature, c’était frivole*.

Et peut-on ne pas aimer les animaux ? Ça alors … c’est du blasphème. Une amie italienne  m’a avoué : « Pour moi, comme je le dis souvent en scandalisant mes interlocuteurs,  les animaux et, par conséquent, la discussion les concernant, pourraient ne pas exister ».

C’est légitime, je trouve, mais terriblement démodé. Il n’empêche qu’en assistant aux luttes intertribales pour établir qui est l’ami des animaux le plus sincère (« Moi je les adore depuis toujours  … », « Oui, mais tu n’es pas végétarien …», « C’est vrai,  mais je ne mange que du poulet cruelty free et je suis contre la chasse à la glu…) »,  cela donne envie de tenir le même propos.

* Aujourd’hui ils ont changé d’avis, mais c’est trop tard. 

samedi 3 octobre 2020

Pourquoi ça traine? En attendant les suites de l’affaire Pilarski

 

 

 Pitbull se demandant : "Pourquoi tant de violence dans le monde"?

J’ai rêvé que la chasse à courre avait été abolie*. Plus de chiens courants dans les bois. À leur place, des meutes de pitbulls, dobermans, et rottweilers parfaitement inoffensifs (il suffisait de bien les dresser), tenus en laisse par leurs maîtres et maîtresses comme prévu par le règlement.

* Ce qui, dans le rêve, me paraissait une bonne chose :  je déteste le bruit et je n'aime pas, dans la chasse à courre, son élitisme dissimulé, sa déconnexion des finalités alimentaires et ses réverbérations néo-folkloriques.

mercredi 30 septembre 2020

Transitions écologiques et progrès moraux



Mme Barbara Pompili, Ministre de la Transition Écologique, vient d’annoncer des mesures fortes en faveur des animaux sauvages en captivité. Qu’aurais-je voté dans le cadre d’un référendum ? Au départ j’aurais peut-être eu des doutes, en songeant à la richesse et à la complexité des univers qui vont bientôt disparaître en raison de ce choix.   Mais j’aurais fini par cautionner cette décision inévitable : le spectacle d’un animal emprisonné, conditionné, humilié, torturé, n’est plus compatible avec  la sensibilité d’aujourd’hui (y compris la mienne).

Il se peut, cependant, que la tendance à exploiter  les animaux souffrants à des fins spectaculaires*,  à jouir même de leur souffrance sous prétexte de la dénoncer, soit toujours là, de mieux en mieux dissimulée.

* Avec tous les profits qui en découlent.

lundi 28 septembre 2020

L’arbre qui cachait la faculté (celtitude et raison pratique)

L'arbricide a eu lieu (mais, encore une fois, pour des raisons irréfutables). En tout cas, on ne pourra pas accuser les responsables de l’Université de Bretagne Occidentale de connivence avec les mouvements néo-druidiques.

samedi 26 septembre 2020

L’âme des érables

 


On va couper  quelques arbres sur le parvis de l’Université de Bretagne Occidentale (site Victor Segalen). On  prévient les usagers que cela fera du bruit. Quelqu’un, doué du sens de l’humour, demande sur le net s’il s’agira des cris des arbres en question.  D’autres internautes, juste après, regrettent l'"arbricide". On leur fait comprendre que c’est pour des raisons objectives. Pas de quoi polémiquer. 

jeudi 24 septembre 2020

Pigeons d’antan

 

- Y avait-il  vraiment un bar, là-bas ?

- Oui, juste à côté du théâtre, avec des chaises dehors, les pigeons  et tout le reste.

- Tiens,  j’ai complètement oublié.

lundi 21 septembre 2020

Un miracle contemporain : la multiplication des sangliers

Alsace. Peluche de sanglier coiffée d'un calot français de 1939 (cliché de Steve Lazzaris).

Les sangliers prolifèrent et menacent nos vignes. Qui va les neutraliser? Ceux-là mêmes qui les ont disséminés*

*Je n'ai rien contre la chasse, mais je cherche à garder un minimum d'objectivité.


samedi 19 septembre 2020

"Chasses traditionnelles" : un concept très vague qui crée de la confusion

 

Derrière la formule « chasses traditionnelles », se cachent des mondes fort différents, parfois incompatibles. Voici, sans livrer le fond de mon analyse, un bref passage de Faut qu'ça saigne* où je décris la chasse à courre :

« Aujourd’hui encore, il n’y a pas que les chasseurs qui prennent du plaisir à la reproduction cérémonielle de cette pratique anachronique largement folklorisée. Autour de ce cortège en costume, comme le montrent Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot*, orbite une nébuleuse de badauds, de vacanciers, de riverains qui admirent, ravis, le spectacle. Les médias aiment beaucoup ce genre de représentations, notamment les organismes de propagande qui trouvent dans cette « survivance » – que l’ethnologue désenchanté interpréterait plutôt comme une « réinvention de la tradition » – de quoi prouver que « la chasse est culture ». Les opposants à la chasse aussi l’ aiment beaucoup, parce qu’elle leur permet d’ illustrer, dans un cadre exemplaire, le bien-fondé de leur position »**.

*Foncièrement charmés, je trouve,  par ce gymkhana en style Renaissance faussement interclassiste. Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, La chasse à courre : ses rites et ses enjeux, diversité sociale et culte de la nature, Paris, Éditions de Montbel (Bibliothèque du roi Modus), 2018

**Sergio Dalla Bernardina, Faut qu’ça saigne. L'amour de la nature, entre écologie et religion, Éditions Dépaysage, 2020.

jeudi 17 septembre 2020

Le crucifix et le trophée


C’est la rentrée. Pas trop de temps à consacrer au blog. Mais j’ai une solution : je vais remplir les vides avec quelques passages de mon dernier ouvrage. Voici le premier, consacré à une tentative de lecture profane de la figure du Christ sur la croix:

« D’un point de vue extérieur, en schématisant, on pourrait définir le crucifix comme le condensé d’une histoire, celle d’un être qui a été persécuté et mis à mort. Décrit dans ces termes, qui ne prennent pas en compte la singularité de l’événement, le Christ sur la croix n’est pas très différent des têtes et autres restes de l’ennemi battu et soumis à une sorte de recyclage symbolique (il était un ennemi, il est devenu notre ami) qu’on a pris l’habitude de qualifier, avec beaucoup d’ approximations, d’ objets apotropaïques. Cela aplatit la portée du message évangélique, indiscutablement, mais nous permet de tisser des liens avec l’ethnographie, le folklore et la mythologie ».

 

Sergio Dalla Bernardina, Faut qu’ça saigne. L'amour de la nature, entre écologie et religion, Éditions Dépaysage, 2020